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Exposition
« LE PATRIMOINE RELIGIEUX DE MILLY-LA-FORET ET DE LA COMMUNAUTE DE COMMUNES DE 2 VALLEES »

Du 10 septembre au 2 octobre à l'Espace Culturel du Moustier à Milly-la-Forêt.


Edition du livre

« LE PATRIMOINE RELIGIEUX DE MILLY-LA-FORET ET DE LA COMMUNAUTE DE COMMUNES DE 2 VALLEES »






jeudi 11 novembre 2010

Nouvelles cartes postales de Milly-la-Forêt


Depuis le début du mois de novembre, ces deux nouvelles cartes postales sont vendues au profit de la Paroisse de l'Eglise Notre-Dame de Milly. Ces cartes de collection ont été éditées à 500 exemplaires.



dimanche 7 novembre 2010

L’exposition des cultivateurs herboristes de Milly et le 1er congrès des plantes médicinales des 22 et 29 juillet 1923


M. Chéron, ministre de l’Agriculture, et avec lui beaucoup de bon français, ont dit que le meilleur moyen de triompher de la crise économique résidait dans l’exploitation complète de notre bonne vieille terre.

La terre de France ! N’est-ce pas celle qui, chaque année, sous l’action bienfaisante du soleil printanier, livre à l’homme les plus beaux fruits, les plus belles récoltes, les plus riches moissons ? N’est-ce pas, d’ailleurs, cette situation climatique privilégiée qui lui vaut d’être jalousée, convoitée et assaillie par des voisins au sol ingrat, au climat rude ? Aussi, M. Chéron et tous ceux qui pensent comme lui ont-ils raison de dire et de répéter comme le bon La Fontaine : « Creusez, fouillez, retournez le sol ; il y a dedans l’indépendance économique… ». Or, on sait de quelle heureuse influence serait sur le cours des changes, sur la valeur de notre franc, notre entière indépendance économique !

Cette indépendance, il faut l’obtenir non seulement pour le blé, pour la betterave, pour le beurre, pour tous les aliments, il faut l’obtenir pour tout ce qui est indispensable à la vie ; or, pour modeste qu’il soit, le rôle des plantes médicinales n’ en existe pas moins ; et nous pouvons dire que si, en ce domaine, la France pouvait se suffire, ce serait des dizaines de millions qu’elle parviendrait encore à économiser.

On conçoit dès lors l’importance qu’a prise cette exposition de Milly – la plus riche région de France en plantes médicinales – et l’intérêt qu’y ont porté des savants comme MM. Perrot, Guérin, des économistes et hommes politiques comme MM. Reibel et Colrat, Guesnier, sénateur de Seine-et-Oise, Mollard, sénateur de la Savoie ; Maurice Bouilloux-Lafont, député ; Marcel Bouilloux-Lafont et de Ganay, conseillers généraux.

Leur présence à cette manifestation agricole avait une signification profonde ; elle voulait dire aux agriculteurs-herboristes : « Continuez votre tâche ; augmentez votre production ; faites des élèves ; la science, la chimie vous créeront des débouchés et les pouvoirs publics s’intéresseront à votre sort, puisque en servant vos intérêts, vous servez ceux de la France ! ».

L’exposition de Milly – qui continue d’aussi brillante façon qu’elle a débuté – est donc une importante expérience, d’une portée dépassant singulièrement les limites de la région ; tous ceux qui en assurèrent le succès, oranisateurs et exposants, auront droit à la reconnaissance du pays quand les résultats heureux apparaîtront.


L’exposition sous la Halle

Milly, dimanche matin, était en fête. Le ciel était bien un peu gris, mais on devinait, sous le brouillard, le gai soleil d’été, prêt à inonder la vallée de l’Ecole de ses ardents rayons.

Aux fenêtres, claquaient les étoffes tricolores ; aux devantures de nombreux magasins, les guirlandes de papier couraient en jolis festons. Beaucoup de monde – et de jolies toilettes – par les rues ; des automobiles et des bicyclettes en masse ; par le C.G.B., par l’autobus, les Etampois, les Maissois, les Parisiens arrivaient nombreux.

Naturellement, tout le monde se portait place du Marché : la très grande halle abritait l’exposition. Très jolie, la décoration de la place ; on reconnaissait les pylônes ayant servi pour l’inauguration du Monument aux Morts ; des drapeaux multicolores les ornaient ; mais – les Milliacois ne se formaliseront pas de cette simple observation – ils eussent gagné à être enguirlandés de verdure. Les Parisiens, visiteurs recherchés comme on sait, aiment tant voir du feuillage partout ; ça les change des décorations bois et carton de leur bonne ville.

Ceci dit, pénétrons sous la Halle, où règne la fraîcheur habituelle à ce genre de bâtiment – oh ! Etampes, attendras-tu longtemps encore une halle semblable – où règne, disons-nous, une fraîcheur, accrue encore par l’installation fort ingénieuse d’un superbe et rafraîchissant jet d’eau !


Sous la Halle, sont installés les stands, Messieurs les exposants nous excuseront si nous ne disons pas auquel d’entre eux nous aurions décerné la palme : le Jury ne s’est pas encore prononcé… Et d’ailleurs, nous leur avouerons franchement notre très vif plaisir de n’être pas membre de ce Jury et de n’avoir pas à faire un choix parmi des concurrents de valeur égale : toutes les expositions nous parurent d’un vif intérêt, d’une grande richesse et d’une présentation parfaite.

Prenons-les donc par ordre en commençant par la droite en entrant :

Stand Perrier, de Oncy, pour plantes sèches ; mélisse, pensée sauvage, menthe poivrée.

Stand Gauchet-Thorin, cultivateur-herboriste, 8 rue Saint-Vulfran ; toutes plantes médicinales installées sur un séchoir ; à signaler cette très instructive présentation du séchage.

Stand Dézert E., cultivateur-herboriste, 9, boulevard de l’Est : sauge, belladone ; fort beau pied d’angélique.

Stand Paillard et Leroy, de Courances, belle exposition de plantes sauvages et d’un beau pied de bourrache.

Stand Pallate, cultivateur-herboriste, qui montre, outre une intéressante collection de plantes, son très bon goût artistique ; sur une planche, son nom est composé avec des marrons coupés en deux ; les mots : cultivateur-herboriste, sont des galbules, tandis que Milly (Seine-et-Oise) sont des têtes de camomille romaine… Très original.

Famille Parratte
Stand Georges Paireau, cultivateur-herboriste, rue du faubourg de Melun ; avec une grande diversité de plantes, un superbe massif d’absinthe.

Stand Alexandre Peigné, cultivateur-herboriste, boulevard de l’Ouest : belle exposition de plantes sèches, origan, genêt, plantain, etc…

Stand Darney, de Courances : à remarquer parmi d’autres, de magnifiques pieds d’angélique avec graines.

Stand Boulineau-Tramblay, cultivateur-herboriste, faubourg Sain-Jacques ; de beaux bouquets de plantes sèches, menthe, basilic, etc. noués avec des rubans tricolores.

Stand veuve Gallois, cultivatrice-herboriste, rue Pachau : toutes les plantes, du bouillon blanc et… un très joli bouquet fait de bluets, de silènes renflées et de coquelicots.

Tout le fond de la Halle est occupé par la grande exposition de la maison S. Wagner. Il est impossible de ne pas s’y arrêter – l’aimable représentant vous y forçant d’ailleurs par l’offre d’un délicieux fondant. L’exposition Wagner montre les résultats obtenus par dix-sept années de labeur du savant et de ses collaborateurs. Les uns et les autres ont cherché précisément à s’émanciper de la tutelle étrangère et ils sont parvenus à obtenir de la menthe poivrée de Milly tout ce que l’on demandait à la menthe du Japon et notamment le menthol en efflorescences cristallisées. La menthe de Milly est aussi riche, sinon plus, que celle du Japon : toutes les analyses chimiques en témoignent. Il s’agissait d’en tirer les multiples dérivés : bonbons, fondants, dentifrices, boissons hygiéniques, menthol, poudre, etc. M. Wagner y est parvenu et ceux qui ont goûté à ses fondants peuvent en témoigner ! Son exposition est une grande leçon pour les industriels français ; elle est aussi un encouragement pour les Milliacois qui en tireront un légitime profit de cette ressource naturelle que la nature a prodigué à leur sol.


Stand Mainfroy, de Milly : belle exposition de toutes plantes, notamment de la rue.

Stand Paireau-Laurin, cultivateur-herboriste, 30 rue Saint-Pierre, à signaler parmi de très beaux lots, l’hysope.

Stand Morin, successeur de Morin-Barral, très joli présentation de toutes espèces de plantes, beaucoup de verdure, de superbes fenouils de chaque côté.

Stand Darbonne, frères, de Milly : stand superbe en tous points, comme présentation et comme exposition ; jolis massifs de palntes vivantes dans de la mousse : mélisse, racine de muguet, chardon bénit, menthe anglaise, etc… ; les vastes cultures des frères Darbonne s’étendent sur les territoires de Milly, Oncy, Noisy-sur-Ecole ; 8.000 mètres cubes de séchoirs.

Stand Thévenin-Mazars, cultivateurs-herboristes, 10 boulevard du Sud : superbe camomille romaine ; hysope, datura, cochléaria, etc., toutes plantes fort bien présentées.



Stand Thorin-Cirode, cultivateur-herboriste à Milly : dans de la mousse, forts beaux pieds d’hysope, de mélilot bleur, de grande absinthe.

Stand Thorin fils, cultivateur-herboriste, 32 faubourg Saint-Jacques : des rubans et de la verdure, des initiales et un Coeur fait de mousse, et un beau lot de plantes : saponaire, armoise, mélisse, guimauve, etc.
 Enfin, stand du doyen de Milly, M. Pierre Leblanc, âgé de 93 ans, présentant quatre-vingt treize espèces de plantes médicinales sèches, exposition qui représente toute une vie de labeur et qui, de ce fait, acquiert une valeur inestimable.

Les organisateurs n’ont pas voulu perdre de place ; et, pour ce, ils ont occupé le milieu de la halle par une exposition d’instruments agricoles, spéciales à ce genre de culture.

Il y a là les « Retro-force », représentés par M. I. Lannerée, constructeur-mécanicien à Milly ; à signaler une bien curieuse brouette plate, de petites bineuses, et toutes espèces d’outils agricoles.

Il y a là aussi le stand Pilter, représenté par M. Séguin, le sympathique et dévoué adjoint ; joli stand, où, dans un entourage fleuri de bégonias, de géraniums, on voit des rouleaux de jardin, des cultivateurs à mains, des houes à cheval, des houes à bras, des semoirs à bras, des faucilles et de la ficelle spéciale.

Il y a là enfin de superbes hortensias présentés par la maison Fernand Chanet, dépositaire d’engrais chimiques.

Ce n’est pas tout ; les parois de clôture elles-mêmes ont servi ; à droite et à gauche, s’étalent de magnifiques collections d’herbiers ; herbier régional de Milly,

9.000 plantes, signé Despaty ; herbier de toute beauté de l’école de Mespuits ; herbit de l’élève Chapart Jean, de Boigneville, comprenant 90 plantes sauvages. Bravo pour les instituteurs et institutrices qui donnent à leurs élèves l’amour du sol où ils sont nés.

Répétons-le : exposition parfaite, excessivement propre et de très bon goût. La halle, magnifiquement pavoisée, fit l’admiration de tous les visiteurs. Nous fûmes parmi les privilégiés qui purent y pénétrer dans la matinée, malgré la consigne que faisait observer avec une rigueur dont nous félicitons le dévoué garde-champêtre de la commune. Nous y rencontrâmes M. Gibert, le distingué président de l’Union des Commerçants Milliacois ; M. Séguin ; M. Lasserre ; M. Sella ; d’autres encore ; ils pouvaient vraiment être fiers de leur œuvre.

La Fête officielle, le Banquet, les Discours

A midi, partaient de l’Hôtel de Ville, les autorités locales et les principales personnalités du Congrès. Cortège non officiel qui se hâta vers l’hôtel du Lion-d’0r où avait lieu le banquet.

On avait compté sur quatre-vingts convives : mais le maître-queux de l’endroit,

M. Droual, ignorait-il que sa réputation avait franchi les limites milliacoises ? Ce furent cent quinze convives qui prirent place dans sa grande salle ! Cent quinze convives qui firent honneur à ce que le cuisinier réputé, trop modeste, avait appelé « un banquet populaire », à ce que nous appellerons un riche banquet. Pour

10 francs, M. Droual servit à ses convives des hors-d’œuvre, du poisson froid sauce milliacoise, du pâté chaud du Gâtinais, de l’agneau de lait à la broche, avec salade, du fromage, du gâteau Henri IV ; vin blanc, vin rouge et café pour faire glisser toutes ces choses exquises, servies en abondance. M. Droual a eu les félicitations officielles du professeur Perrot. Qu’il accepte aussi les nôtres. D’ailleurs, quel meilleur témoignage de la satisfaction des convives que « le nettoyage » des plats ! Et ceux de M. Droual furent-ils nettoyés » ?

Il n’y a pas de bons banquets sans de bons discours. Ce fut M. Aubry qui prit le premier la parole :

« Mesdames, Messieurs,

Au nom de la municipalité, je vous souhaite la bienvenue dans notre ville ; je vous remercie de votre empressement à nous faire l’honneur d’assister à l’inauguration de notre Foire des plantes médicinales qui est la première de ce genre en France.

Depuis un demi-siècle, nos cultivateurs ont continuellement cherché à améliorer leur culture et de ce fait sont arrivés à donner à leurs plantes la valeur qui les fait apprécier dans le monde entier.

Je lève mon verre en votre honneur, Messieurs, en l’honneur de M. Elbel, délégué du Ministre du Commerce ; de M. le sénateur Guesnier ; de M. le professeur Perrot ; de l’Office national des matières ; de M. le professeur Guérin ; de MM. Fabius de Champville, Combastel , Verlot et à votre santé à tous ».

Quant les applaudissements se furent tus, M. le Professeur Perrot après avoir remercié le Comité d’organisation de l’excellent accueil qui lui était fait à Milly, exposait dans quelles conditions, en pleine guerre, fut créé l’Office national des matières premières. Aucune organisation sérieuse n’existait pour permettre de tirer des plantes indigènes, les produits pharmaceutiques qu’on allait chercher jusqu’au Japon. L’office coordonna tous les efforts ; il y eut même à Milly il y a quatre ans, une réunion qu’on pourrait considérer comme le premier congrès ; depuis, son action s’est étendue ; il est devenu l’intermédiaire entre le savant, le producteur, le commerçant et le comité interministériel qui a compris la nécessité de développer cette branche si importante de la culture nationale. Aujourd’hui, nous ne sommes presque plus tributaires de l’étranger ; la production nationale des plantes médicinales se développe ; c’est à sa prospérité de la France que le professeur lève son verre.

Enfin, M. Guesnier apporta l’hommage et les encouragements du gouvernement aux cultivateurs-herboristes de Milly :

M. Guesnier entend laisser au professeur Perrot le soin de parler en maître de la culture des plantes médicinales, car s’il connaît bien au point de vue agricole la situation du département, il ignorait presque que la culture des plantes médicinales fut si importante à Milly. C’est cette particularité qu’on fête aujourd’hui et avec raison ; car si, par sa situation, la Seine-et-Oise s’acquitte avec honneur de la fonction d’alimenter le Gargantua parisien, il est tout naturel qu’il vienne avec les plantes médicinales contribuer à produire les plantes nécessaires à la santé des hommes qu’on avait dû demander précédemment d’une façon presque exclusive à l’étranger. C’est une heureuse innovation qu’il faut encourager.

Cette culture doit avoir comme directive la science, mais sa réalisation incombe au cultivateur qui est en toutes circonstances un infatigable remueur de terre. C’est lui qui doit sonder les lois invisibles de la nature et veiller à l’adaptation réciproque des plantes et du sol qui les produit.

Mais encore faut-il lui laisser continuer paisiblement son œuvre et faire fructifier cette terre de France qu’il a défendue contre l’invasion et lui permettre d’être le nourricier de la collectivité.

En poursuivant silencieusement sa besogne, il entend bien les louanges et les reproches qu’on lui adresse. Ne lui reproche-t-on pas d’être trop heureux, de ne pas payer d’impôts, d’être la cause de la vie chère ? Des impôts, il en paye largement sa part à l’exception de la taxe sur le chiffre d’affaires. Des affiches tendancieuses apposées sur nos murs l’ont représenté comme ne payant que le petit poids des impôts ; la réponse a été faite par un humoriste qui s’est souvenu de la fable du Gland et de la Citrouille ; en attachant la citrouille, symbole des gros poids, à la feuille d’impôt des cultivateurs, on ne tarderait pas à la voir retomber sur le consommateur qui serait mis à mal une fois de plus.

Non, le cultivateur ne demande pas à être le mieux partagé au point de vue fiscal. Il demande seulement que l’Etat lui permette d’acquérir à bon compte les produits qui lui sont nécessaires pour mettre les terres en valeur, azote synthétique, superphosphates,etc. Il ne demande que la paix extérieure pour garantir sa sécurité ; la paix intérieure pour assurer l’ordre social. Il ne s’intéresse pas à nos querelles politiques ; les questions économiques le touchent davantage.

« Il ne demande qu’une chose, dit M. Guesnier, c’est…

- Qu’on lui f… la paix, interrompt un auditeur.

- C’est qu’on lui laisse produire beaucoup, poursuit le sénateur de Seine-et-Oise. C’est qu’on respecte sa liberté individuelle pour lui permettre de travailler dans le droit et la légalité.

En terminant, M. Guesnier remerciait la municipalité de Milly de lui avoir donné cette occasion d’être mis en rapport avec les producteurs de plantes médicinales ce qui lui permet d’être mieux à même de comprendre et de défendre leurs intérêts, et c’est en l’honneur des cultivateurs et de leurs familles qu’il lève son verre et qu’il boit à leur prospérité.

La Visite officielle de l’Exposition

Le banquet finissait à trois heures moins le quart. En hâte, on regagna la Mairie pour saluer M. Colrat à son arrivée.

A trois heures battant, les gendarmes mettaient sabre au clair ; les pompiers, commandés par le sergent-major Limery, prenaient la position du garde à vous ; les musiciens entamaient la Marseillaise, sous la direction de M. Crampon, qui remplaçait M. Genevelle, démissionnaire depuis la semaine dernière ; M. Colrat, très exact et très pressé, arrivait en automobile.

Une rapide présentation avait lieu à la Mairie, puis un cortège se formait pour gagner l’exposition où le ministre était accueilli par M. Gibert, président du Comité Commercial et Industriel, qui le remerciait de la marque d’intérêt qu’il voulait bien porter à la foire aux plantes médicinales de Milly.

« Quoique ce soit la première, disait-il, ces diplômes, cette coupe et ces médailles montrent que nos exposants ont déjà porté au loin leur renommée. Aussi, nous avons tenu à offrir à nos visiteurs un exemple saisissant parce que complet. Entourées des instruments qui servent à leur culture, nos belles plantes sélectionnées ont réservé une place à leurs aïeules les plantes sauvages, les simples comme l’on disait autrefois. L’herboristerie ne rougira pas de ses modestes origine.

Puis, nous avons organisé un concours d’herbiers scolaires. Nos camarades herboristes de la jeune génération savent ce qu’ils doivent à l’instituteur, ce modeste et vaillant ouvrir de notre IIIème République.

Enfin, les produits tirés de ces plantes s’offriront aux gourmets sous forme de liqueurs et bonbons, ou comme médicaments, tâcheront de guérir ou d’atténuer les souffrances de notre pauvre humanité.

Ainsi, Monsieur le Ministre, loin de se combattre, le Commerce et l’Industrie unissent leurs efforts parce qu’ils savent que, malgré la Victoire si chèrement acquise, hélas, il leur faut gagner la Paix, parce qu’ils veulent que leur pays ne soit plus tributaire de l’étranger, et ils vous donnent ici l’assurance qu’ils continueront à collaborer ensemble, à unir leurs faibles forces pour contribuer à la grandeur de la Patrie.

La visite commençait aussitôt. M. Colrat s’intéressa vivement à toutes les choses qui lui furent présentées et dites ; il montra d’ailleurs au professeur Perrot qu’il n’était pas un igonorant en la matière, ayant aimé la nature et étudié la botanique avant d’être l’éminent garde des sceaux d’aujourd’hui.

Quelle bonne et réconfortante poignée de mains il eut pour papa Leblanc quand il apprit de M. Gilbert que le vieil herboriste voulait faire don aux élèves des écoles de ses herbiers.

- « Je ne vivrai pas 93 ans comme vous ! » lui dit-il amicalement.

La visite terminée, M. Colrat se devait d’adresser quelques mots à la foule milliacoise qui s’écrasait à l’entrée. Il le fit avec sa bonhomie habituelle.

Le ministre se félicitait que cet après-midi de vacances lui eut permis de venir constater le grand effort qui a été fait par les cultivateurs-herboristes avec l’aide précieuse de la science et du Comité commercial de Milly. Les producteurs de plantes médicinales ont donné là un grand exemple qui pourrait être imité par d’autres que les cultivateurs : Vous avez la grande chance, dit-il, de pouvoir exercer une intéressante industrie qui vous permet de rester près de la terre, de vivre en plein air d’une vie naturelle, normale et assurée. Je ne me permettrais pas de vous donner des conseils : les plantes que vous cultivez avec tant de succès s’appelaient autrefois des simples : elles sont utiles, discrètes, tâchons de leur ressembler.

La foule applaudit, heureuse après tout de cette brièveté qui lui évitait une longue attente sur la place surchauffée et lui livrait accès sous la halle.

De nouveau, le cortège officiel se forma et, aux accents des Allobroges, gagna la Mairie.

- Vous avez fait mentir ceux qui disent que souffler n’est pas jouer ! lança notre Ministre aux excellents musiciens, de qui c’était le tour d’applaudir.

Dans le salon d’honneur, se trouvèrent bientôt réunis toutes les personnalités ayant pris part tant au banquet qu’à la visite officielle ; on remarquait atour de MM. Colrat et Aubry, maire de Milly :

MM. Mollard, sénateur de la Savoie, - M. Guesnier ayant du repartir après le banquet - ; Maurice Bouilloux-Lafont, député ; Marcel Bouilloux-Lafont, de Ganay, conseillers généraux ; Riche, conseiller d’arrondissement ; Perrot, professeur à la faculté de pharmacie, président de l’Office national des matières premières ; Guérin, professeur à l’institut agronomique, président du Comité des plantes médicinales à Paris ; Elbel, sous-directeur au ministère du Commerce, représenant le Ministre ; Georges Courty, professeur à l’école des Travaux publics, président de la Société d’Horticulture d’Etampes ; Sédard, secrétaire de la Sous-Préfecture d’Etampes, représentant

M. Moine ; Aublanc et Terville, administrateurs de la société des Herboristes de France ; Combastel, professeur, président du Sous-Comité de Seine-et-Oise ; Wagner, docteur en pharmacie, secrétaire général du Comité des plantes médicinales de Paris ; Lemeste, vice-président de l’Association générale des Herboristes ; Gibert, président du Comité de la Foire des plantes médicinales.

MM. Cahen, secrétaire général de la Fédération des Commerçants détaillants de France ; Crenset, secrétaire de la Chambre de Commerce de Corbiel ; Randon, président du Comité commercial et industruel d’Etampes ; Verlot, ingénieur agronome du service commercila du P.O. ; Marcel Fougeron, ingénieur chimiste ; Fabius de Champville, rédacteur de l’Herboristerie Française ; Martin, publiciste agricole ; Levoux, droguiste à Paris ; Deschamps, juge de Paix ; Regnié, lieutenant de gendarmerie ; Ohresser, percepteur de Milly ; Rat, receveur municipal ; Danois, percepteur de Maisse ; Coulpier, professeur d’Agriculture et Mme Goulpier ; Lagouanelle, vice-président et Blot, membre de la Société d’Horticulutre d’Etampes ; Seguin, adjoint et Tombert, Darbonne, Brianot, Hamelin, Durier, Liard, conseillers municipaux de Milly ; Gouder, maire de Dannemois et de nombreuses personnalités de Milly et des environs ; M. le comte Hubert de Ganay, Mme la marquise de Ganay ; MM. Blot, Vignault, Boudard, Gallot ; la Société des Sciences de Seine-et-Oise ; le Cercle des Mutualistes Corbeillois ; les Membres du Groupement commercial, du Comité des Herboristes et de nombreux herboristes, droguistes, etc. etc.

Après la traditionnelle visite à la salle des délibérations du Conseil municipal, ministre et invités se réunissaient dans la salle des mariages où un vin d’honneur leur était servi.


M. Aubry portait en ces termes un toast à M. Colrat :

Monsieur le Ministre,

Permettez-moi de vous exprimer tout le plaisir que nous éprouvons à vous recevoir dans notre ville de Milly-en-Gâtinais, et de vous remercier bien vivement de l’honneur que vous nous avez fait en venant inaugurer notre Foire des Plantes Médicinales (la première de ce genre en France).

On peut dire que cette foire est un exemple vivant de notre activité nationale à l’heure où la France est encore tributaire de l’étranger pour les produits de l’herboristerie.

Nous sommes fiers de vous avoir aujourd’hui parmi nous et nous vous prions de vouloir bien vous faire notre interprète auprès du gouvernement pour lui présenter l’expression de notre entière gratitude.

Je lève mon verre, Messieurs, en l’honneur de M. Colrat, notre sympathique député, garde des Sceaux, Ministre de la Justice.

Je bois enfin en l’honneur de tous les organisateurs de cette jolie fête de l’herboristerie.

M. Colrat remerciait M. Aubry des sentiments qu’il venait d’exprimer à son égard et à celui du gouvernement dont il fait partie :

Il se déclarait très heureux d’avoir pu visiter l’intéressante exposition des cultivateurs-herboristes et de constater le gros effort qui a été fait à Milly : « Le Gatinais est déjà célèbre, disait-il, par son miel, il va le devenir encore plus par ses plantes médicinales ». Il souhaitait à tous les habitants de Milly que les vertus de ces plantes leur permettent d’attendre l’âge de ce vert gaillard de 93 ans qu’il avait respectivement salué à l’entée de l’exposition : « Messieurs, disait-il en terminant, je ne suis pas venu ici pour discourir ; continuez votre œuvre, intéressez-y beaucoup de gens. En ce qui me concerne, je n’ai tiré de cette visite que des avantages, j’ai vu, j’ai appris et je suis très heureux, Monsieur le Maire, de porter votre santé personnelle et la santé de tous les habitants de la commune de Milly ».

La réunion prenait fin à 4 heures et tout l’intérêt se portait vers la Halle où l’exposition retenait de nombreux visiteurs et à la fête foraine très animée qui se tenait place du Colombier.

L’Abeille d’Etampes du 28 juillet 1923