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Exposition
« LA HALLE DANS TOUS SES ETATS »

Le 16 septembre sous la halle
Du 17 septembre au 8 octobre à l'Espace Culturel du Moustier à Milly-la-Forêt.


Edition du livre

« LA HALLE DANS TOUS SES ETATS »







mardi 25 mai 2010

Souvenirs et recits de voyages par l'Abbe Poisson


L'Abbé Poisson, prêtre du Diocèse de Chartres, édita en 1890, le récit du voyage qu'il fit en 1851 à travers le Gatinais.
Je vous propose, ci-dessous, le passage qui concerne les environs de Milly !


"Le 3 Septembre 1851, j’allais à Milly. Jusqu’à la station de Bouray, chemin de fer d’Orléans, on compte 8 kilomètres. La route est belle. Je pris à Bouray la voiture de la Ferté-Aleps, correspondant avec celle de Malesherbes. En arrivant au village de Bouray, on jouit d’une très jolie vue : deux collines au sud courent en sens inverse et offrent une perspective des plus agréables. Sur l’une d’elles, en face de Lardy, est une haute colonne, appelée la tour de Pocancy, hameau de 10 habitants, de la commune d’Anvers-Saint-Georges. La Juisne, venant d’Etampes, passe à Bouray. Ce village est fort bien bâti. Tout auprès est le château de Frémigny. On le dit remarquable par sa position et son architecture.

Après 9 kilomètres de chemin, la voiture s’arrêta au milieu de la Ferté-Aleps, bourg mal bâti qu’on décore de nom de ville, chef-lieu de canton de l’arrondissement d’Etampes. Autrefois, elle dépendait du diocèse de Sens, de l’élection de Melun, et ressortissait au Parlement de Paris.

Le clocher de son église est du XII siècle, quatre clochetons pyramidaux accompagnent la flèche à sa base.

L’Essonne circule autour de la Ferté. Au-delà de cette rivière, on entre dans le Gâtinais ; le sol est moins riche. Le village Dhuison est formé de pauvres chaumières ; l’aspect est abrupte et sauvage ; des monticules de grés représentent des forts du moyen âge en ruines, en arrière-plan, sur la gauche, s’élève une colline dénudée ; sur la droite, entre l’ouverture de deux versants, on aperçoit une vaste plaine, celle de la Beauce. Après Dhuison, c’est le village de Vayres, le château et le parc de Bélebat, de la commune de Courdimanche, propriété de la famille de Rennepont. Le soleil jetait de pâles rayons sur quelques arbres dont la partie éclairée était d’un vert tendre, celle qui ne l’était pas, d’un vert sombre. Je considérais avec attention cet effet de lumière ; il produisait la tristesse dans la pensée.

Le paysage de Dhuison, de Vayres, de Courdimanche et de Maisle ne diffèrent point. En face du parc du château de Maisle, se dressent des roches de grès de la manière la plus pittoresque ; elles semblent de loin un fort immense muni de bastions. Toutes ces roches jusqu’à Fontainebleau offrent une perspective particulière.

De la Ferté à Maisle, on compte 11 kilomètres et 6 de Maisle à Milly. La contrée qu’on parcourt jusqu’à ce dernier lieu est triste et abrupte.

Milly est un chef-lieu de canton de l’arrondissement d’Etampes. Voilà ce qu’en dit un religieux du XVIIème siècle, de Guillaume Morin, grand-prieur de l’abbaye de Ferrière-en-Gâtinais : Les habitants de cette ville de Milly sont grands chasseurs, ce qui le rend du tout fainéants, et peu soigneux de travailler à cause des roches et des bois. Ce lieu est fort dangereux pour les passants qui y sont souvent volés, et s’y trouvent des hommes morts et assassinés quelquefois… La paroisse est l’église Notre-Dame, qui est d’ancienne fondation et est au milieu de la ville, où sont des chanoines et un doyen (Histoire du Gâtinais, Edit. de 1630 , in-4. p.404).

Milly est arrosé par l’Ecole, très modeste ruisseau en cet endroit. Cette petite rivière se jette dans la Seine. Elle prend sa source au village du Vaudoré, sous une pierre abritée par trois arbres. Du Vaudoré, elle se rend à Noisy, de là à Chamberjot et à Milly, ensuite à Moigny, Courances, Dannemois, Poissy, Saint-Germain, Cély, enfin à Monthierry, hameau sur la route de Paris à Fontainebleau. Elle entre là dans la Seine, après s’être grossie de plusieurs petits cours d’eau à partir de Moigny. Elle commence et finit dans le département de Seine-et-Marne, après avoir traversé celui de Seine-et-Oise., de Milly à Saitn-Germain. On prétend que son nom lui vient d’une maison d’école bâtie autrefois sur le pont auprès du pont de Milly ; je doute de l’origine du nom. Elle coule dans une large vallée sablonneuse et plate. Des tertres hérissées d’énormes et nombreuses roches la bordent au levant, des collines au couchant. Celles-ci sont couvertes de châtaigniers. En sortant de Courances, elle laisse à gauche, vers le nord-ouest, une vaste plaine sablonneuse, très triste d’aspect, d’autant plus que les alentours sont riches de verdure et d’accidents de terrain. Cette rivière coule au midi de la vallée qu’elle parcourt.

A l’extérieur, Milly a apparence de bourg ; à l’intérieur, d’une petite ville. Les rues sont bien pavées. A l’extrémité de sa longue place est une halle immense, où chaque jeudi se tient le marché. Il n’y avait pas une seule belle boutique. La mise du peuple était simple et à peu près celle de la Beauce. Les physionomies ne marquaient pas l’intelligence. Les enfants avaient mine niaise. Cette petite ville, où passait aux XVIè et XVIIè siècles la grande route de Paris à Lyon, se trouvait en 1851 éloignée des principales voies de communication. Elle était d’un abord difficile, surtout du côté d’Etampes. En général, l’aspect est triste à cause des roches et du terrain sablonneux. Il est riant du côté de Moigny, sur les bords de l’Ecole, où sont quelques prairies et beaucoup de jardins maraîchers. Ces derniers fournissaient à l’approvisionnement des marchés de Melun et de Corbeil. On cultivait la mauve et la guimauve en plein champ pour les herboristes de Paris.

Le Jeudi 4 Septembre, mes neveux me conduisirent à la grotte aux Souris, monticule qui court de l’est à l’ouest. Dans les anfractuosités des roches existe un long conduit, à peine d’un mètre d’élévation, c’est ce qu’on appelle la grotte aux Souris. Je m’y coulai avec mes neveux et leurs camarades, n’y voyant rien d’intéressant, j’en sortis bientôt. Sur le plateau de ce monticule, est une petite ferme d’un nom assez bizarre : Coq-y-but. Les amas de roches sont nombreux, ils forment des tertres, des mamelons, des monticules d’un aspect aussi singulier qu’abrupt ; c’est assurément un site à part, qui frappe, mais n’a rien de grandiose. De cet endroit, Milly ne paraît qu’un village adossé à une hauteur, qui s’étend en cercle de l’est au nord par le midi et le couchant. Cette hauteur commence à la pointe orientale de la ville, elle a un large interstice à l’ouest, ou plutôt elle finit pour laisser place à une vallée, après laquelle commence une autre hauteur. Au nord, à un kilomètre de distance, se déploie en ligne droite, une hauteur couverte de roches. Du plateau de la Guichère, Milly a une meilleure apparence ; c’est un gros bourg, à l’extrémité ouest du bassin formé par les hauteurs d’alentour. On jouit, du sommet de la Guichère, d’une très belle perspective en regardant du côté du midi ; le fond de la vallée offre des bois d’un vert sombre entrecoupés de champs ; au-dessus de ce fond verdoyant sont posés en tous sens des monticules de grés ; dans les vides laissés par les tertres apparaît en arrière-plan et fort au loin la forêt de Fontainebleau. Cette perspective est le plus beau point de vue de la contrée.

Milly a une église et un château dont il doit être parlé. L’église est à l’extrémité ouest de la ville, auprès du château et de la rivière de l’Ecole. Elle est dédiée à la Sainte-Vierge. C’est l’ancienne collégiale du XVIIème siècle. Elle possède des reliques de Saint-Wulfran, qu’on dit être né à Milly. Saint Wulfran fut archevêque de Sens et apôtre de la Frise. Il vivait au VIIème siècle, se retira à la fin de sa vie au monastère de Fontainebleau où il mourut en 720. Détruite lors des guerres sous Charles VI, l’église de Milly fut reconstruite au XVIème siècle. Son clocher est du XIIème siècle.

Le château est un reste de l’ancien. Ses créneaux sont en brique. C’est un pavillon flanqué de deux tourelles, entouré de grands arbres. Il a soutenu plusieurs sièges, principalement sous Charles VII. La propriétaire, en Septembre 1851, était la veuve du Marquis du Lau d’Allemans, neveu de l’archevêque d’Arles, massacré aux Carnes le 2 Septembre 1792. La marquise du Lau était de la famille de Moustier. Femme tout à a fait excentrique par le costume et les habitudes, elle a publié des poésies qui ont quelque valeur.

Le château de Milly est dominé par une hauteur couverte de sapins et de roches et a nom la Garenne . Elle sert de parc. On voit du haut d’une roche le tertre blanc, monticule de sable à 8 kilomètres de distance. Lorsqu’il est éclairé le soir par les derniers rayons du soleil, il forme à l’horizon comme un nuage brillant.

Le mardi 9 Septembre, nous dirigeâmes notre promenade vers le tertre appelé le Nid-d’Aigle, rochers amoncelés les uns au-dessus des autres et qui finissent par former un plateau ayant l’apparence d’un nid. Il domine les autres hauteurs. Son aspect est pittoresque ; le site qui l’environne est sauvage.

Le 10, notre excursion fut vers les grandes vallées. Un baudet portait nos provisions et tour à tour les plus jeunes de la bande ; nous avions projeté un déjeuner sur l’herbe au milieu des bois. Le baudet jeta à bas les cavaliers ; nous rîmes de l’aventure. Des hauteurs des grandes vallées on aperçoit le commencement de la forêt de Fontainebleau, les villages d’Arbonne, de Saint-Martin, le château de Fleury, propriété de la Rochejacquelein le Balafré ; dans le lointant Cély et Perthes, tous de Seine-et-Marne.

Nous allâmes à l’aventure vers Mont-Rouget ; nous nous trouvâmes bientôt dans une gorge formée par deux hauteurs courant parallèlement.

Un point de vue particulier nous fut offert par un tertre isolé et placé à la sortie de la gorge ; on eût dit une forteresse élevée là de main d’homme pour la défense du paysage. Nous gravîmes le plateau afin de descendre dans la vallée du Mont-Rouget. Arrivés au versant, nous nous déterminâmes à l’aventureux parti de sauter de roches en roches, de nous glisser entre les vides qu’elles laissaient. Nous étions quelquefois suspendus presque à pic, appuyant le pied mal assuré sur d’énormes blocs de grés. Après avoir affronté bravement cette périlleuse descente au milieu de roches posées en tous sens, nous nous trouvâmes dans la vallée. En suivant le chemin au milieu des broussailles, nous arrivâmes au bas de Mont-Rouget, parmi les bâtiments de la petite ferme à laquelle il donne son nom. Une société d’apparence grivoise nous y avait précédés ; elle sautait gaiement en ronde, s’amusant d’un pauvre niais dont la manie était de faire des vers. Il avait nom Babin. Elevé dans ce site isolé et sauvage, ce pauvre maniaque s’était mis, quoique très ignorant, à composer des chansons en lesquelles le français et le bon sens manquaient complètement, idées et expressions incohérentes. En guenilles, sale, mal peigné, la mine sauvage, Babin chantait ses œuvres avec la bêtise la plus achevée. Il s’était fait chanteur ambulant, Rouen et Orléans l’avaient vu ; arrêté à Melun par la police, il fut mis fin à ses courses vagabondes. Sa physionomie était douce et sans expression. Ses yeux battus annonçaient plus de manie que de folie : mais il ne pouvait que devenir fou en continuant à versifier. C’était alors un homme d’environ trente ans, sauvage dans ses manières. Nous l’engageâmes à cultiver sa terre et à laisser là la chanson. Il nous répondit : « Quand on a une idée, on ne peut pas l’abandonner comme cela, il faut la mettre à jour ». Ceci voulait dire qu’il continuerait à faire des vers et à se croire un poète digne de renom. La politique avait trouvé le chemin de sa solitude, car entre notre temps elle pénètre partout. Son journal était un journal démagogique, dangereux aliment pour un cerveau malade. A la suite du 2 Décembre, il fut arrêté pour quelques chansons et bientôt relâché ; c’est ce qu’on avait de mieux à faire ; le pauvre Babin était très peu redoutable pour le président Louis-Napoléon.

Nous déjeunâmes sur l’herbe à Mont-Rouget, et de bon appétit.

De l’autre côté de ce monticule, le site change d’aspect ; les versants des collines n’ont plus de roches de grés, ils sont couverts de céréales ou de bois.

Nous atteignîmes les prairies arrosées par l’Ecole ; nous nous dirigions vers Moigny, long village d’une population de 500 habitants. Les demeures annonçaient la pauvreté, quoique les gens soient les plus riches de la contrée. Nous fîmes visite au curé, breton de grosse pâte. L’église menaçait ruine. J’y remarquai un pilier roman. On voyait dans le cimetière une croix mutilée du XIII ou Xvème siècle.

Le vendredi 12, nous dirigeâmes notre promenade du côté de la route de Malesherbes et de celle de Nemours. Malesherbes est à 12 kilomètres de Milly et Nemours à 22.

En arrivant au village d’Oncy, le paysage est assez couvert ; il rappelle celui de Perche. Oncy est à 2 kilomètres de Milly. La route de Malesherbes, en passant entre le jardin de son ancien prieuré et le château de la Rennomière, fait la limite des deux départements de Seine-et-Marne et de Seine-et-Oise. La Renommière, de la commune de Noisy-sur-Ecole, appartient au premier, Oncy au second. Le château de la Renommière n’était plus qu’une maison de campagne, et il ne restait qu’une partie de son parc. A son sud-est est le hameau d’Auvert de 200 habitants. Nous montâmes sur une hauteur couverte de roches, puis nous descendîmes dans la vallée où est situé le château de Chamberjot ; il est bâti en briques rouges, a ses portes et ses fenêtres peintes en vert. Sa position est agréable. L’Ecole sépare son parc de praires entrecoupées d’arbres. En face, une colline circulaire offre la perspective de bois et de quelques roches. Le parc a plus de 50 hectares. Le long est la route de Nemours. On aperçoit au loin Chapelle-la-Reine, chef-lieu de canton de l’arrondissement de Fontainebleau.

Le lendemain 13, nous allâmes à Courances. Le château en est très beau ; il a été construit au XVIIème siècle. On y arrive par une superbe allée d’ormes. Une vaste pelouse précède la grille d’entrée. D’abondantes eaux l’entourent ; elles forment deux îles.

On en rencontre également de tous les côtés de son parc. On doit ceci à la quantité de sources. Elles sont ferrugineuses et renommées. Elles déposent sur les pierres de l’oxyde de fer qui donnent à celles-ci une teinte rouge. Parmi les sources on distingue la fontaine du Roi, ainsi nommée, par qu’Henri IV, dit-on, y vint boire. J’y bus sans être roi. Charles X, pendant son séjour à Fontainebleau, y envoyait chercher de l’eau comme étant la meilleure de la contrée. L’on ne servait que celle là à sa table. Il y est de fait qu’elle ne contient aucune matière calcaire ; or, on sait que moins l’eau en contient meilleure elle est.

Courances appartenait, lors de notre visite, à M.de Nicolaï, qui l’abandonna en 1830 pour aller habiter Genève ; aussi rien n’y est plus entretenu. Les pièces d’eau, d’une très grande étendue, et par la même fort belles, sont au nombre de cinq. Un tel abandon est précurseur de la ruine.

Un mot maintenant sur le lutrin de Milly, grotesque qu’on ne pourrait passer sous silence. Qu’on se figure deux petit hommes à demi-âge, arqués du dos, si bien qu’en devant ils formaient en commencement de voûte, maigres, chétifs, la prunelle sans étincelle, l’œil mort, laide à faire reculer de dix pas. Le premier chantait comme un mouton enroué qui essaie de bêler et ne rend que des sons rocailleux, allongeait le cou à chaque aspiration, ayant le nez enflé par le bout comme un bourgeon, le front ridé et surbaissé, le regard fixe du veau. Le second, ébauche d’homme, extrait informe de la nature humaine, tête petite, front proéminent et fort étroit, œil enfoncé dans l’orbite et abrité comme dans une caverne par l’os frontal, nez exigu jusqu’à l’excès et un peu relevé par le bout, posé sur une figure des plus plates, s’enfonçant par la racine de même que les yeux, s’effaçant, la mâchoire supérieure en arrière plan., la mâchoire inférieure s’avançant pas là même davantage, le menton effacé au point qu’on se demande s’il existe, la bouche s’arrondissant dans le chant comme l’orifice de l’anus d’une poule, la voix grêle, le souffle expirant, tel ce second chantre faisait parallèle au premier. Entre des deux inimaginables grotesques existait un désaccord de chant parfois complet, mais la figure restant constamment imperturbable. Tel était le lutrin de l’église de Milly. Gresset eût pu de sa muse badine le décrire, et lui donner pour titre : Le Lutrin inconcevable.

Le bedeau, en huissier, n’était pas moins curieux à voir : c’était un petit homme à jambes en arbalète, le bras gauche suspendu en tiers-point ; celui de droite faisait arpenter le chemin à une longue canne. Le cou était incliné, la tête en avant, l’air niais outre mesure, la contenance embarrassée en toute la personne. Il fallait ajouter au tableau le vicaire, petit gringalet perché au haut d’une stalle. Le nez, accidenté à sa racine, filait ensuite droit sur la même ligne que le front, se plissant lors de la parole ou du chant, ne formant plus, pour ainsi dire qu’une même pièce avec le visage. En chaire, ce petit homme avait façon d’Arlequin auquel on a attaché des ficelles afin que le mouvement fut invisible ; dans la déclamation, le ton était uniforme. La composition ne manquait pas de prolixité : on pouvait dire qu’elle appartenait au genre diffus où les mots remplacent les idées. Dans ce débit, cet abbé écarquillait son petit œil de la manière la plus comique. A côté de moi était un séminariste à crâne dénudé, mais recouvert par une perruque tant soit peu posée à faux, ce qui n’était pas un enjolivement. De l’autre côté, le curé offrait au regard une tête effilée, dont le sommet formait un angle aigu avec des yeux singulièrement posés. Autour de cette collection si drôlement agencée était un petit troupeau disséminé au milieu de beaucoup de chaises vides. Ainsi fut le spectacle durant trois dimanches consécutifs, si ce n’eût était le lieu saint, il eût été désopilant. On pouvait, sans méchanceté, en rire au retour.

Reprenons nos promenades. De la hauteur de Péronne et de Mont-Royal, au sud de Milly, on jouit de deux vues très différentes. Tourné, vers le nord-est, on a à droite et à gauche la vallée de l’Ecole, de Noisy à Courances, belle étendue où se mêlent les bois et les prairies, dominé par des tertres aux roches grises. A l’horizon, la forêt de Fontainebleau se montre entre deux échappées. A l’opposé de ce site varié et gentil se déploie le plateau de la Beauce, au, triste, monotone. Il arrive jusqu’à Milly.

Nous descendîmes à la Roche-Creuse. C’est un énorme bloc de grés posé perpendiculairement, excavé à l’intérieur, formant une voûte à nervures diverses et soutenue par des piliers s’épanouissant en branches ou veines à leur sommet. Ce travail de la nature est très curieux. Des noms et des dates sont gravés à l’intérieur, car l’homme le plus obscur aime à laisser un souvenir de son passage.

Le site de Milly, quoique plein d’intérêt, n’est pas gai : l’âme n’y éprouve point de ces émotions qui l’enchantent. On contemple, on admire, on est étonné, mais on n’est pas non plus remué comme dans les sites gracieux et riants. On n’est pas non plus frappé comme dans les effroyables et majestueuses, perspectives des montages, où l’imagination est si fortement impressionnée. A Milly, il n’y a qu’un simple soulèvement de roches mises à nu par un épouvantable cataclysme, celui probablement du déluge universel. Néanmoins, on s’en va très satisfait d’avoir parcouru ce site à part.

Milly possédait un établissement de Frères de Sainte-Croix, du Mans, au nombre de trois, un autre de Sœurs de Saint-André, de Poitiers, en même nombre. Elles étaient chargées de l’école communale des filles et de la visite des malades à domicile ; il n’y avait pas d’Hôtel-Dieu.

Le mardi 23 Septembre, je partis pour aller visiter le château de Fontainebleau."

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