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Exposition
« LA HALLE DANS TOUS SES ETATS »

Le 16 septembre sous la halle
Du 17 septembre au 8 octobre à l'Espace Culturel du Moustier à Milly-la-Forêt.


Edition du livre

« LA HALLE DANS TOUS SES ETATS »







lundi 6 octobre 2008

Le festival de Musique de 1905 à Milly la Forêt

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Lorsque vers Milly rayonneront les tramways ou chemin de fer projetés, ce sera vraiment le plus joli coin de l’arrondissement ; entourée de bois verdoyants, dans une gracieuse vallée, à proximité de la forêt de Fontainebleau, on peut prédire que la petite ville, déjà si active, prendra un développement rapide et intéressant. Il y a quelque probabilité que le moment de cet essor ne se fera pas longtemps attendre
Dimanche, Milly a confirmé sa réputation de petite ville gaie et hospitalière à l’occasion du Festival-concours de musiques que le conseil municipal avait organisé pour donner plus d’éclat à la fête patronale de Saint-Pierre.
Pour seconder les préparatifs faits par les soins de la municipalité, des commerçants de Milly, au profit de qui aussi faisait la fête, avaient constitué dès la semaine dernière un comité d’organisation composé de MM. Siroteau, président, Séguin, vice-président, Félix, trésorier, Barrat, Brisset, Chagot, Emile, Chanet, Hamelin Edmond, Houzé, Malle, Palfroy et Porquet, membres ; après avoir arrêté un progamme, les dévoués commissaires se mettaient à l’œuvre, recueillaient des souscriptions et, sous leur impulsion, les habitants de Milly, dès vendredi, opéraient une transformation des façades de leurs maisons pour donner aux rues l’aspect le plus accueillant.
Sur la place du Marché avec la collaboration de m. Augis, charpentier, M. Brisset, peintre avait élevé et brossé, quoique contrarié souvent par des ondées célestes, une magnifique porte monumentale flanquée de portiques, d’un développement de 16 mètres ; le décor, d’un style gracieux, avait été agrémenté sur les attiques d’inscriptions se rapportant au programme du jour : Reyer, Auber, Gounod, Ambroise Thomas. La photogravure ci-contre, que nous devons à une collaboration obligeante, nous dispense d’en donner une plus longue description.
L’antique halle, d’aspect sévère, avec ses longs bandeaux s’élançant vers le ciel, avait également été décorée ; en outre de l’écusson aux armes de Milly placé au fronton de chaque côté de l’estrade aménagée pour la distribution des récompenses, des trophées de drapeaux avaient été disposés, reliés par des bandes portant les inscriptions « Gloire aux musiciens » « Hommage de la ville de Milly ». Tous ces travaux avaient pu s’exécuter rapidement grâce à l’obligeante collaboration de MM. Hébert et Saccalay, peintres, qui ont tenu à faire assaut de bon goût et d’habileté.
Il nous faudrait pour être équitable donner une description de la décoration de presque toutes les maisons de cette place ; on nous excusera de ne citer que l’Hôtel du Lion-d’Or, dont la façade avait été pavoisée sous la direction de m. Siroteau, lui-même, et qui avec une affluence de trophées de drapeaux et de guirlandes de lampions était ornée à sa partie supérieur de festons aux couleurs nationales. A côté, donnant ouverture sur la rue de Paris, un arc de triomphe formé d’un décor aux couleurs modern style, portant l’inscription « Honneur aux musiciens »
Comme ensemble de décoration de rue, la grande rue pouvait certes réclamer la palme ; en face des magasins de nouveautés « A la Ville de Milly » M. Barat et les habitants du quartier avaient élevé un superbe portique formé de deux piliers de verdure et de fleurs reliés par des transparents avec l’épigraphie « Soyez les bienvenus ! »
Enfin, au débouché de l’une des rues donnant sur la place de la Mairie, devant le magasin à l’enseigne « Au Coin Musard » un arc de triomphe accueillait les visiteurs arrivant de la direction d’Etampes ou du chemin de fer par l’inscription « Honneur à nos invités ».
Mentionnons pour être complets, la décoration de la Place de la Mairie, et de toutes les rues par lesquelles s’est opéré le défilé.
Mais venons au compte-rendu de la fête : Dès la veille, le samedi soir, une brillante retraite aux flambeaux, éclairée par des torches et des feux de bengale, menée avec entrain par la Compagnie des Sapeurs Pompiers et l’Union Musicale, animait et transfigurait au passage les rues de la petite vile toute préparée déjà aux gaies solennités du lendemain.
Dès le dimanche matin, la dernière main ayant été mise aux préparatifs, les divers commissaires se portaient au devant des sociétés venant prendre part au concours ; les échos retentissaient bientôt de joyeuses fanfares et d’aubades données par les tambours et clairons, notamment par la Fanfare de la 45ème section des Vétérans des Armées de terre et de mer de Saint-Maur, conduite par le Président de la Section, M. Fontaine, et dirigée par le tambour-major, M. Le Marchand, maniant dextrement la canne, la fameuse canne qui avec les tambours sera bientôt, paraît-il, reléguée au Musée de l’Armée. Ce groupe était reçu à son arrivée par MM. Malle et Baudin, Président et vice-président de la 1160ème section des Vétérans de Milly.
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Le concours

C’est dans le préau de l’école des filles qu’avaient lieu les opérations du concours.
Le jury composé de M. Levasseur, professeur de musique des lycées et collèges de la ville de Paris, rédacteur à l’Orphéon, président ; M. Ricaut, ex-clarinettiste de la garde, chef d’orchestre-compositeur ; M. Paul Brévanne, secrétaire de la rédaction du journal l’Orphéon, est entré aussitôt en fonctions. Successivement les Trompettes de Chamarande – fanfare fraternelle, M. Lambert directeur – dont la tenue toute militaire eût mérité un prix, ont exécuté avec cette sonorité pleine et claire qui toujours a caractérisé cette Société, une ouverture, le Tzar en France, bien scandée et d’un bel effet.
La fanfare de Maisse, dirigée par M. Rousseau, le doyen certainement des directeurs de notre région, a exécuté une sélection de la Muette de Portici comportant une variété de mouvements et de nuances très délicates, et dont l’ensemble et les solistes se sont fort bien tirés.
Voici les Vétérans de Saint-Maur, tambours et clairons. Le chef a la direction précise, et il obtient le maximum d’effets de ses musiciens, nous allons dire de ses soldats qui soufflent à plein poumons ; les vitres de l’école vibrent à briser du son de ces marches guerrières.
L’Union Musicale de Ballancourt exécute le Sommeil de Diane, de Bléger. M. Mattlin, chef dirige bien ; avec les éléments dont il dispose, et que plus d’une société lui envierait, il pourrait aborder un genre plus relevé. Son tambour battait un peu fort.
La ville de Malesherbes possède une fanfare qui lui fait honneur. Sonorité fine et homogène, recherche de l’expression artistique ; M. Charpagne sait développer l’une et l’autre de ses qualités, qui sont celles des musiques d’élite. Le public a eu grand plaisir à l’écouter et à l’applaudir.
C’est enfin la Fanfare libre, ancienne Amicale d’Etampes qui clos le concours d’exécution. La Société est nombreuse, et M. Fousse est un bon musicien. La fantaisie sur le Premier jour de Bonheur a donné au bugle, aux saxophones et aux parties chantantes l’occasion de se faire apprécier. Le finale notamment bien scandé a été très applaudi. Et cette audition nous donne une fois de plus l’occasion de souhaiter pour notre ville d’Etampes que nos deux Sociétés de musique s’unissant dans une noble pensée d’art et de confraternité musicale forment un unique orchestre avec leurs qualités respectives. On ferait alors ce que pourrait produire l’union de tous les éléments de ces deux Sociétés inspirées alors du désir de bien faire ! – Espérons toujours !
La légion des petits tambours, conduits par leur Doyen Pavard, a ému, par ses ra et ses fa, les cœurs des mamans. Ils ont battu aux champs, la retraite, la breloque comme de vieux grenadiers, et comme eux ils ont remporté la médaille.
Nous ne dirons qu’un mot du concours d’honneur décidé par l’honorable président du jury désireux de faire la consciencieuse attribution de la médaille d’or des Sénateurs. La Fanfare de Malesherbes et de celle d’Etampes ont lutté de concert, et le pas redoublé d’ensemble a servi à les départager ; mais ce morceau se prêtait peu à ce genre de concours. On verra plus loin ce qu’il est advenu.
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Le défilé

A cinq heures, les différents groupes devant prendre part au défilé venaient se réunir sous les tilleuls de la place de l’Eglise et se plaçaient dans l’ordre suivant : Sapeurs-pompiers de Milly, sous le commandement de M. Chagot, sous-lieutenant, Fanfare l’Union musicale de Milly, directeur M. Genevelle. Puis venaient : les Vétérants de Saint-Maur, la fraternelle de Chamarande, la Fanfare libre d’Etampes, la Fanfare de Maisse, la fanfare de Malesherbes et enfin l’Union Musicale de Ballancourt.
Pendant la formation l’Union musicale de Ballancourt exécutait sous la direction de son chef dévoué, M. Mattlin, le Fringant, pas redoublé qui était chaleureusement applaudi.
Le cortège formé, la colonne se mettait en marche et défilait aux sons des pas redoublés joués par les tambours, clairons, trompettes et fanfares suivaient l’itinéraire prescrit, pour venir se masser devant l’estrade installée sous la halle. Une affluence nombreuse, telle qu’on en vit rarement à Milly, se pressait bientôt sur la place du Marché, et ses abords ; toutes les fenêtres des maisons étaient garnies de corbeilles, quelques-unes très agréablement fleuries de spectatrices et de spectateurs.
Sur l’estrade avaient pris place, MM. Amodru, député, Bédu, conseiller d’arrondissement et Maire de Milly, Louis, maire d’Etampes, MM.Les Membres du jury du concours de musiques, MM. Darbonne, adjoint au maire, Jullemier, Tazé, Coisnon, Hamelin Arthur, Malloire, Normand et Voiturin, conseillers municipaux, Denis, ancien conseiller municipal, Pasquet, notaire, Bourgeot, conservateur des hypothèques à Etampes, Malle, président des Vétérans, Lecesne, directeur de l’Abeille d’Etampes, Vincent, secrétaire de la mairie de Milly, Bat, receveur municipal, MM. Siroteau, président et les membres du comité commercial d’organisation de la fête.
Pendant que les trompettes de Chamarande, jouent une marche, les commissaires réunissent en groupes d’instruments les membres des différentes sociétés musicales ; puis, les exécutants sous la direction de M. Genevelle, l’habile chef de l’Union musicale de Milly, font entendre avec une vigoureuse spontanéité le morceau d’ensemble Sébastopol, pas redoublé.
La Fanfare libre d’Etampes jouent ensuite la « Marseillaise » que tout le monde écoute debout et les Vétérans de Saint-Maur font résonner tous les échos de Milly d’une vigoureuse sonnerie « Au Drapeau ».
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Discours de M. Amodru

M. Amodru a adressé d’abord à la municipalité de Milly et au comité des fêtes les félicitations qui leur étaient dues pour la remarquable organisation donnée au festival et pour le magnifique succès qui a couronné leurs efforts.
Après avoir développé l’idée que cette solennité était un juste hommage rendu à un grand art, au plus populaire de tous les arts, il a parlé des bienfaits de la musique. Puis il a montré que les Sociétés qui se sont donnés pour tâche de répandre en tous lieux et jusque dans nos campagnes les nobles productions du génie musical, se sont acquis par cela même des droits incontestables à la reconnaissance publique.
S’adressant ensuite aux fanfares qui avaient pris part au concours, il les a félicitées d’avoir exécuté avec tant de perfection le morceau d’ensemble, d’une facture pourtant compliquée et difficile, qui soulevait quelques instants auparavant les applaudissements unanimes de l’assistance et il a ajouté :
« Pour arriver à ce résultat, vous avez dû, messieurs les Musiciens, vous plier à une discipline rigoureuse, quoique volontairement acceptée, mettre en commun vos talents et votre savoir, unifier vos efforts et vos bonnes volontés.
« Solidarité et coordination des forces, telle est aussi la règle à suivre pour toutes les Sociétés humaines et particulièrement pour cette grande fédération de Sociétés qui est la nation elle-même. Dans la collectivité nationale, en effet, tout comme dans une fanfare, tout comme dans une Société musicale, chacun a sa partie à faire, son devoir à remplir en vue du bien général.
« L’union, la discipline, le bon accord, dont vous faites preuve, messieurs les Musiciens, donne à votre œuvre la valeur d’une œuvre éminemment civique, éminemment patriotique.
« Persévérez dans cette voie, messieurs, et que votre exemple soit de plus en plus suivi.
« Ne craignez pas de multiplier le nombre de vos pupilles. Attirez vers vous les jeunes gens, les enfants de nos écoles. Apprenez-leur de bonne heure à pratiquer les vertus qui font vos Sociétés prospères et qui sont : l’obéissance à une règle nécessaire, l’amour de ce qui est bien, de ce qui est beau, de ce qui est vrai, de ce qui est grand, de ce qui est honnête, car ces vertus sont précisément celles qui font les bons citoyens.
« Ne vous lassez pas de répandre autour de vous ces principes fortifiants.
« Considérez enfin vos bannières, comme les fanions d’une grande armée, groupée autour d’une autre bannière qui flottent plus brillamment encore et plus haut dans les airs, notre glorieux drapeau tricolore.
« Et ainsi Messieurs, en faisant de bons musiciens vous contribuerez à faire de bons citoyens. Vous servirez de la sorte très utilement la France et la République ».
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De longs applaudissements prouvent à notre député combien est apprécié le soin qu’il a toujours de faire appel à l’union des citoyens, et de montrer le drapeau en toutes occasions comme le signe du ralliement des Français.
La sonnerie « Aux chants » retentit, puissamment entonnée par les clairons de Saint-Maur, puis il est procédé à la distribution des récompenses dont voici le palmarès.


Société de trompettes.
1ère division, 1ère section. – 1er prix : La Fraternelle de Chamarande, M. Lambert, Chef. Palme de vermeil offerte par M. Amodru, Député, et médaille offerte par M. Delpy, agent voyer.
Prix de défilé attribué à M. Lambert, Chef des trompettes de Chamarande. Médaille offerte par M. Darbonne, adjoint.

Tambours et clairons.
2ème division. – 1er prix : Les Vétérans de Saint-Maur, directeur, M. Le Marchand. Couronne de vermeil offerte par M. Bédu, Maire de Milly et médaille de vermeil offerte par M. Voiturin, conseiller municipal.
Division spéciale d’enfants. – Prix : Tambours de la « Fanfare libre d’Etampes », directeur, M. Pavard. Médaille de vermeil offerte par M. Darbonne.

Fanfares.
1ère division, 3ème section. Premier prix : Fanfare de Maisse, directeur, M. Rousseau. Médailles offertes par M. Legendre, conseiller général, et M. le Marquis de Ganay, maire de Courances.
Prix de direction : M. Rousseau. Médaille offerte par M. Timbert, trésorier du comité.
3ème division, 2ème section. – 1er prix : Fanfare de Malsherbes, directeur, M. Charpagne. Couronne de vermeil offerte par M. le Marquis de Ganay : Couronne par M. Malloire, conseiller municipal.
2ème division, 2ème section. – 1er prix : Union Musicale de Ballancourt, directeur, M. Mattlin. Couronne offerte par M. Sergent, conseiller d’arrondissement, et médaille offerte par la ville de Milly.
Classement. – Fanfare libre d’Etampes, directeur, M. Fousse, classé en 3ème division, 1ère section. Couronne de vermeil offerte par le Comte Osmond du Tillet, et médaille offerte par M. Coisnon, conseiller municipal.

Concours d’honneur.
1er prix : Fanfare de Malsherbes. Médaille de vermeil offerte par MM. les Sénateurs de Seine et Oise.
2ème prix : Fanfare libre d’Etampes. Médaille offerte par la ville de Milly.
A titre de souvenir du concours, une couronne de vermeil offerte par M. Jullemier, conseiller municipal, est attribuée à la fanfare de Milly, et une couronne de vermeil offerte par la ville de Milly est attribuée à la subdivision des Sapeurs Pompiers de la ville de Milly.
Concours de Direction.
1er prix : Prime de 40 fr, M. Fousse, directeur de la fanfare libre d’Etampes.
2ème prix : 25 fr., M. Charpagne, directeur de la fanfare de Malsherbes.
3ème prix : 3 fr., M. Rousseau, directeur de la fanfare de Maisse.
4ème prix : Médaille de vermeil offerte par M. Tazé, conseiller municipal, M. Mattlin, directeur de l’Union Musicale de Ballancourt.

Trompettes.
1er prix : Couronne de vermeil, offerte par M. Sergent, conseiller d’arrondissement, M. Lambert, Directeur des trompettes de Chamarande.

Tambours et clairons.
Prix : Couronne de vermeil, offerte par M. Jullemier, M. Le Marchand directeur des vétérans de Saint-Maur.
Prix : Médaille offerte par la ville de Milly, M.Pavard, chef des tambours de la fanfare libre d’Etampes.
Une médaille à titre de souvenir est offerte à M. Siroteau, président du comité d’organisation.
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Avant de lever la séance, M. Amaudru a tenu à rendre hommage à la haute impartialité des membres du jury et les a remercié du concours dévoué et désintéressé qu’ils ont bien voulu apporter à l’œuvre entreprise par le comité d’organisation.
Ainsi finit cette journée de fête qui a vu favorisée par le beau temps. Malgré l’absence de deux sociétés importantes annoncées, le programme musical fut fort intéressant, la ville joliment ornée, la fête bien organisée. Chacun s’est accordé à complimenter la municipalité, dans la personne de M. Bédu, le dévoué maire de Milly, et à son aimable adjoint M. Darbonne, la Commission de la fête, celle du concours, l’aimable M. Vincent, secrétaire de la mairie en tête, avec ses zélés commissaires, MM. Brisset, Roux, Pichot, Longuet, André Tremblay et Emile Gallet.
Le soir, tout Milly était sur le cours Saint Pierre, sur le Boulevard du Nord, dont on admirait la féerique décoration ; dans les bals Duché et Lévêsque où l’on a dansé toute la nuit ; dans le cirque Romarin.
Et pendant deux jours encore, la fête a battu son plein, clôturée seulement le mardi à 11 heures du soir par un orage qui a déversé sur les promeneurs, hâtant leur départ, des torrents de pluie.
La Saint Pierre et le concours musical de 1905 resteront au nombre des anniversaires les plus animés de la vie municipale de la ville de Milly.

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