Actualités : Exposition et parution du livre "L'enseignement à Milly-la-Forêt"

vendredi 20 avril 2012

La seigneurie de Courances

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Si jusqu’au XIème siècle, rien ne révèle les premiers débuts de la formation de la seigneurie de Courances, au moins à cette époque la lumière commence-t-elle à poindre, tout en laissant subsister des lacunes regrettables que nous ne sommes pas parvenu à combler. Le premier monument authentique qui nous ouvre la voie est un bail sur parchemin très développé, mais malheureusement à peu près indéchiffrable, qui date du XIIème siècle et se conserve dans l’ancien chartrier seigneurial de Courances. Ce document ne permet pas de douter de l’existence d’une propriété déjà importante et parfaitement délimitée.

Dans une charte de 1233, qui se trouve dans le cartulaire de Saint-Victor de Paris, on lit que Pierre d’Aulnoy (Petrus de Alneto), approuvé par Aveline, sa femme, engage à l’église Saint-Victor toute la dime de blé qu’il possède sur le territoire de la paroisse de Courances, pour la somme de quarante livres ; puis en 1242, les Victorins vendirent à Geoffroy de Milly, pour cent livres parisis, toute ce qu’ils possédaient au Ruisseau, notamment le moulin dont les deux tiers relevaient de la seigneurie de Courances, appartenant alors à Eustache de Courances.

Dans une charte du cartulaire de Longpont, il est question sous le règne de Louis VI, d’un Guillaume de Milly, fils de Jean de Courances : tel est le nom du plus ancien seigneur dont les titres nous aient conservé la trace. Ensuite, nous connaissons, grâce aux recherches de M. Henri Stein, un personnage important, nommé Henri de Courances, que l’on cite à partir de 1255 et qui, après avoir été successivement bailli de Macon, sénéchal de Périgord et de Limousin, puis maréchal de France, trouva la mort sur le champ de bataille de Tagliacozzo, le 22 Août 1268. Nous connaissons le nom de sa femme, la date de son testament, la nature de ses relations avec les abbayes voisines du Lys et du Jard. Il laissa un fils nommé Henri comme lui, qui servit le roi Philippe le Bel, un petit-fils également appelé Henri, et un neveu, Robert de Courances, qui servit comme son oncle dans le royaume de Naples, au XIIIème siècle. Enfin les Archives Nationales possèdent le sceau, qui prit part, en 1385, à l’expédition d’Aragon, et que l’on retrouve pour la dernière fois, en 1303, à Arras, convoqué par le Roi de France, avec le vicomte de Melun et autres, au moment des hostilités en Flandres.

Cette famille paraît avoir joui d’une certaine célébrité et s’être éteinte vers le milieu du XIVème siècle. En effet, il existe un aveu de 1365 rendu par Jean Mousseau, seigneur de Courances, qui mentionne un manoir appelé « Escorcy », situé auprès de ladite localité, enclos de fossés, avec un colombier et environ sept arpents de pré que Jacqueline du Chastel, jadis femme de feu Chassin de Courances, tient en douaire. Nous connaissons d’ailleurs ce Chassin de Courances, car c’est lui qui fond au XIVème siècle, une chapelle seigneuriale au château dudit lieu et Hugues de Courances était son frère (Archives nationales).

Il y eut, à partir de cette époque tout au moins, coexistence de deux propriétés à peu près contiguës dans la même paroisse : Courances (Cousanciae) et Escorcy, reconstruit au XVIème siècle sur l’emplacement d’un vieux castel entouré de fossés remplis d’eau vive. Nous avons rencontré un bail seigneurial du 5 Septembre 1524, par lequel Etienne Lapitte loue le lieu appelé « Escorcy » avec treize arpents de terre et de prés, et se composant d’une maison, grange et étable, le tout entouré de fossés, au prix de vingt septiers d’avoine et d’un pourceau pour la première année, de trois muids de froment ou de seigle, un d’avoine et cinq boisseaux de pois et de fèves pour les douze autres années.

Quoique Courances fut situé dans la châtellenie de la Ferté-Alais, son château et ses dépendances n’en relevaient pas moins de la seigneurie de Nanteau-sur-Lunain (près Nemours), comme il appert d’un acte de foi et hommage de décembre 1355, rendu par Jean Mousseau, chevalier, à maître Jean de Dormans, seigneur de Nanteau.

Bien qu’il soit impossible de narrer les divers événements qui ont dû accompagner l’affreuse guerre anglaise qui désola pendant si longtemps la contrée du voisinage, l’exposé présenté en 1372 au roi Charles V par le seigneur du lieu ne permet pas de laisser ignorer que notre localité, malgré son peu d’importance, partageait néanmoins le triste sort de ses voisines. La ville de Milly, fidèle à son roi, avait opposé une opiniâtre résistance. Aussi, en 1371, succombant au moins glorieusement sous le poids du nombre et de la force brutale, voit-elle ses forteresses et ses habitations s’effondrer sous le feu ennemi. Notre petit village n’est que trop associé à ces ruines, car est-il possible d’admettre que trois des moulins de Jean de Mousseau fussent complètement détruits sans que quelques demeures n’aient été atteintes du même coup ? N’est-ce pas à cette époque également que s’écroulent les fortifications et le château fort voisin de Moigny dont les vestiges sont encore debout ? Des ossements humains, découverts dans l’ancien potager du château en 1850, puis au poteau séparatif des départements limitrophes de Seine-et-Oise et de Seine-et-Marne (1856), enfin dans le puits de Thurelle en 1873, semblent attester des rencontres d’ennemis et des combats meurtriers. Le seigneur, avouant ne pouvoir rétablir immédiatement les trois propriétés appelées le moulin Pinon, le moulin Neuf et le moulin Acoisel, dont aucun n’existe aujourd’hui, adressa au roi une requête tendant à transférer au dernier d’entre de ces moulins, qui sera seul reconstruit, le droit de chasse dont jouit le moulin Pinon dans l’intérieur de la paroisse et aux environs, ce qui lui fut octroyé par lettres patentes données à Paris le 19 Décembre 1372.

Jean Mousseau profita peu de cette royale faveur, puisque le 15 Juillet 1377, sa veuve, Catherine de Courtramblay, dame de Cély, reçoit tant en son nom qu’en celui de ses enfants, les aveu, foi et hommage du propriétaire des fiefs d’Aigrefin et de Frécule en la paroisse de Moigny. C’est sans doute ce chevalier que représente la statue funéraire replacée sous la chaire, où elle fut découverte en 1852 non sans conserver les traces du vandalisme révolutionnaire ; on y reconnaît en effet un chevalier du XIVème siècle, la tête nue, les pieds appuyés sur des lions, avec des anges thuriféraires au-dessus des épaules. Catherine de Courtramblay vendit la seigneurie à Raoul du Broc, le 24 Février 1389, pour douze cents livres d’or.

A son tour, Jeanne Maynière, veuve de Jean-Didier du Broc, écuyer, donna les terres de Courances, Cély et autres, le 14 Mars 1460 à Jean Lapitte, étudiant en l’université de Paris et clerc du roi Charles VII en sa Chambre des Comptes. Celui-ci en rendit hommage au roi le 15 Octobre 1498 et mourut peu de temps après. Alors le domaine se divisa entre ses deux fils, Etienne Lapitte, avocat au Parlement de Paris, et Guillaume qui l’habita conjointement avec son frère et épousa Jeanne Bouchet dont naquirent plusieurs enfants ; il existe un hommage en son nom du 15 Août 1505. Quant à Etienne Lapitte, marié en premières noces à Michelle Lhuillier, en secondes à Jeanne d’Olha, il fait diverses acquisitions, entre autres le moulin Neuf qui lui est cédé par le sieur Baillard en 1529 ; cet établissement, primitivement distrait du domaine, était situé près du fief de Launoy, au-dessous du pont de grès ; les assises sont encore visibles.

C’est de leurs héritiers que Cosme Clausse, chevalier, seigneur de Marchaumont et de Fleury-en-Bière, secrétaire d’Etat sous Henri II, achète Courances aux environs de l’année 1550 ; il fit plus tard l’acquisition d’un quart de la seigneurie de Dannemois. Sa veuve d’abord, puis son fils, Pierre Clausse, qui se marie en 1572 avec Marie Le Picart, fille d’un trésorier des bâtiments du roi, et auquel elle donne en avancement d’hoirie les terres de Courances et de Dannemois, agrandissent encore leur seigneurie, notamment en achetant (1567) de Jean de Vidal, écuyer, seigneur de l’Etang, la ferme de la Grange-Rouge et ses dépendances.

Pierre Clausse, secrétaire de la Chambre des Comptes dès 1563, chambellan et surintendant de la maison de François, duc d’Anjou et d’Alençon, rend le 29 Avril 1586 hommage au roi Henri II pour la moitié de la seigneurie de Dannemois, mouvant du château de Melun, à cause de l’échange fait avec Michel de Melun, écuyer, seigneur du Bignon. Il devient comte usufruitier de Beaumont-sur-Oise, conseiller du roi en son conseil privé, et mourut le 11 Novembre 1604 ; son corps est inhumé dans le caveau seigneurial de l’église de Courances.

En Octobre 1570, Charles IX avait autorisé Pierre Clausse à établir à perpétuité un marché, le mardi de chaque semaine, et deux foires annuelles, l’une le 3 Août et l’autre le 26 Décembre, fête de Saint Etienne, patron de la paroisse. Cette autorisation fut renouvelée par Louis XIII, en 1624, à la demande de Claude Gallard.

François, fils de Pierre Clausse, grand maître des eaux et forêts de Bourgogne, seigneur de Courances et de Dannemois, époux de Suzanne de Crapado, rendit hommage au roi, le 16 Septembre 1614, pour la totalité de Dannemois, et fit construire dans le village une chapelle dédiée à Saint Charles Borromée : l’autorisation donnée pour cette construction par le cardinal du Perron est du 26 Septembre 1617, et la bénédiction en eut lieu l’année suivante par les soins de Henri Clausse, neveu de François, et plus tard évêque de Châlons-sur-Marne.

L’illustre famille des Clausse, dont la fortune paraît avoir été considérable, fournit trois évêques qui meurent sur le siège de Chalons, plusieurs religieuses qui se distinguent par une haute piété, d’autres membres qui se consacrent avec un inaltérable dévouement aux intérêts de l’Etat.

Leurs armoiries étaient : d’azur au chevron d’argent, accompagné de trois têtes de léopard d’or emmuselées d’un annelet de gueules ; et leur devise : In le, Domine, speravi, non confundar in aerternum.

François Clausse, mort sans postérité, le 18 Novembre 1641, avait vendu le 13 Juillet 1622 à Claude Gallard, conseiller notaire et secrétaire du roi, maison et couronne de France, seigneur de Sémonville et de la baronnie de Puiset en partie, ses terres et seigneuries de Courances et de Dannemois avec tous leurs droits et dépendances, pour la somme de 124 000 livres tournois, qui sont payées comptant en pièces de seize sols. Cette vente ne comprend ni le mobilier, ni les armes, fers et fauconneau que se réserve le cédant.


Le domaine consiste alors en un pavillon d’entrée où il y a un pont-levis, en un château couvert d’ardoises, tourelles, colombier à pied, granges, écuries, le tout couvert de tuiles, terrasses et fossés pleins d’eau vive, entourant le château et les bâtiments, parc joignant ledit château tant devant que derrière avec les jardins potagers, fontaines, canaux, prés, plants d’arbres fruitiers, bois et allées dont la contenance est de 47 arpents trois quartiers, clos de murailles, et de la rivière d’Ecole (on appelle petit parc la partie de devant le château et grand parcelle celle de derrière) ; en une ferme nommée Grange rouge, un moulin à fouler le drap, près de la porte de la Bascule, quatre autres moulins à farine, dont la contenance est d’environ 12 arpents, 190 arpents en 100 pièces de terre cultivée, 60 ou 80 arpents affectés à la pâture des bestiaux, 155 arpents de bois compris la garenne de Montmuzard, où se trouvent les fourches de la justice, onze arpents de vignes, quelques prairies et quelques parcelles sur les paroisses voisines.


Les seigneurs ont haute, moyenne et basse justice sur toute l’étendue de la terre et sur tous les vassaux tant nobles que roturiers, avec droit de convocation et de juridiction, droit de censive sur tous les fiefs dépendante de ladite seigneurie, pressoir, four banal ; en un mot, ils jouissent de tous les droits en usage selon les lieux. La cession du prieuré Saint-Etienne (dépendant de l’abbaye de Villechasson), en 1648, donne à Claude Gallard, les deux tiers des dîmes et le constitue seul gros décimateur.

Sur sa demande, Marie Le Picart est autorisée par ordonnance royale du mois du Juillet 1613, à transférer à la seigneurie de Courances le droit concédé à celle de Dannemois vers 1518, de prendre chaque année dans la forêt de Bière, cinquante deux cordes de bois entre vif et sec, de trois pieds et demi de longueur. Cette faveur, plus tard, réduite à trente cordes, subsiste au moins jusqu’en 1701.

Les seigneurs ont également le droit de pêche dans la rivière d’Ecole depuis le moulin rompu, près du Ruisseau, jusqu’au bas de l’île assise entre les deux rivières, au-dessus du fief de Launoy, ainsi que dans l’Essonne, dans l’étendue du fief de Girolle, qui relève de Courances.

Claude Gallard ayant fait l’acquisition du fief du Chemin, sa seigneurie désormais ne relève que du roi à cause de son château de la Ferté-Alais, comme elle en relève déjà pour les droits de justice, suivant les aveux de 1506 et 1566. Les droits sont exercés par un procureur fiscal, des procureurs, un greffier, des sergents, un geôlier, des gardes de bois et de chasse. Le seigneur jouit de tous les droits honorifiques, même de chapelle seigneuriale dans l’église et de chapelle domestique dans le château ; aussi est-il tenu aux réparations du chœur et de sa chapelle dans ladite église.

Quoique la terre de Courances soit régie par la coutume de Paris, quelques-uns des seize fiefs qui en dépendent sont administrés par la coutume de Melun ou celle d’Etampes.

Le 23 Février 1624, Claude Gallard, définitivement en possession des seigneuries de Courances et de Dannemois, saisies pour 7 500 livres dues à un nommé Buisson par François Clausse, dresse un état des lieux qui constate un très petit nombre d’appartements fort négligés et pour ainsi dire inhabitable. Aussi commence-t-il immédiatement et sans la parfaire la restauration et l’agrandissement de cette résidence champêtre, unique dans son ensemble et dont il sera toujours vrai de dire : il n’y a qu’un Courances en France. La chapelle porte la date de 1626.

Le 27 Juillet 1622, Claude Gallard porte foi et hommage à M. de Selve, seigneur de Villiers-le-Châtel (près de la Ferté-Alais), pour la tierce partie des grosses dîmes de la paroisse et meurt le 31 Mai 1636 ; sa veuve, Catherine mandat, meurt à son tour le 31 Août 1638, laissant quatre enfants, deux fils et deux filles, qui se partagent une immense fortune tant mobilière qu’immobilière.

L’arpentage fait le 8 Avril 1627 par Louis Charron, mesureur et arpenteur à Milly, donne la contenance et l’évaluation de la propriété. Le grand parc de 31 arpents un quartier et demi, estimés 400 livres l’arpent, produit 12 550 livres ; 18 arpents y sont ajoutés et estimés 130 livres, donnent 2 793 livres 15 sols. Total général de l’appréciation du grand parc : 15 343 livres 15 sols. Le petit parc se composant de 6 arpents estimés 80 livres, produisent 460 livres, ce qui fait 15 803 livres 15 sols.

Alors l’aîné de leurs enfants, aussi appelé Claude, né le 16 Novembre 1616, nommé maître des requêtes ordinaires de l’hôtel du roi par lettres patentes du 20 Février 1644 (charge qu’il résigne en 1650), président de la Chambre des Comptes, recueille pour son préciput, selon la coutume de Paris, les seigneuries de Courances avec un arpent de terre dans le grand parc, et de Dannemois avec également un arpent de terre ; mais, pour maintenir dans toute leur étendue, droits et privilèges, ces deux résidences ainsi que l’hôtel acheté pour la facilité des voyages à Paris, il indemnise ses cohéritiers et leur abandonne de nombreux capitaux, les terres et seigneuries de Poinville, Sémonville, d’Anet en Beauce, deux maisons à Orléans, douze hôtels à paris estimés 165 050 livres tournois, et deux arpents de terre dans le Marais, près de la porte St Antoine, grevés de dix livres de rente en faveur de l’archevêque de Paris.

Le nouveau seigneur Claude continue avec non moins d’entrain que de bon goût l’admirable grandiose ébauché par son père. Il construit le théâtre, la maison du jardinier, plante d’ormes la grande avenue allant du château à la route de Lyon, que ferment des barrières et de larges fossés remplis d’eau vive.

A peine en possession de son patrimoine, Claude Gallard semble rendre siens les gigantesques projets de son hardi contemporain, pour ainsi dire voisin et répéter comme lui : Quo non ascendant ! Et s’inspirant des plus grandes célébrités, il appelle Lenôtre qui fait du parc une des plus délicieuses merveilles. Aussi cette résidence seigneuriale, pour ne pas dire princière, se transformant sous la direction de ce profond génie, non sans réunir les agréments les plus ravissants, devient-elle un des séjours les plus recherchés et les plus enchanteurs, par l’ingénieuse conception de ses avenues, sombres et spacieuses, que bordent de splendides charmilles, par la variété de ses immenses surfaces limpides donnant asile aux plus délicats habitants d’eau douce, dont l’abondance qu’entourent de longues pelouses harmonieusement ménagées, se dessinant et se déchargeant l’une dans l’autre autour du château qu’elle fortifie et embellit, non sans produire d’admirables cascades dont une entre autres est composée de neuf tuyaux.

Toutes ces mille merveilles, quoiqu’à trois siècles de distance, n’en conservent pas moins l’incontestable cachet de leur créateur et ne cessent d’enthousiasmer leurs nombreux visiteurs, de tous les points de l’Europe. Il n’est pas étonnant que des têtes couronnées, des hommes d’Etat, oubliant les agitations du siècle et les splendeurs de la cour, viennent s’y reposer dans la saisissante contemplation des œuvres du Maître de la nature, et sous Louis XIV Courances continue à être le rendez-vous vraiment privilégié de ses promeneurs.

Le 15 Août 1653, fête de l’Assomption, à l’issue de la messe paroissiale, devant la grande porte de l’église, Claude Gallard réunissant ses vassaux convoqués au prône, selon l’usage, les affranchit de la banalité du four et des peines et inconvénients inhérents ; ceux-ci par reconnaissance s’engagent volontairement tant envers ledit seigneur qu’envers ses successeurs à fournir annuellement et à perpétuité, sans salaire ni nourriture, deux jours corvéables sans préjudice des usités. Claude Gallard meurt en 1673.

Claude Gallard, fils unique du précédent, chevalier, conseiller du roi en ses conseils, président honoraire de la Chambre des Comptes, et époux de Claude Bordier, vend en 1675, pour la somme de deux cent dix mille francs, son domaine patrimonial à son oncle Galliot Gallard, seigneur de Poinville et de Sémonville. Né en 1622, il avait été reçu conseiller au Parlement de Metz le 8 octobre 1645, maître des requêtes de l’hôtel du roi par lettres du 18 novembre 1656 et intendant de Bourges en 1658 ; il meurt le 21 Juillet 1684 et est inhumé à Saint André.

Galliot Gallard, fils unique du précédent, guidon des Flamands, lui succède pour fort peu de temps, car en 1695, il est lui-même enseveli, à peine âgé de 27 ans et demi, laissant pour seule héritière sa fille Anne-Catherine qui, le 11 Décembre 1708, épouse Nicolas Potier de Noiron, marquis de Grignon, reçu au parlement le 22 Mai 1715, il meurt cinq ans après (28 octobre 1720) et son corps est déposé dans le caveau seigneurial, près de celui de son beau-père.

André, son fils, né le 22 Janvier 1711, est nommé conseiller au Parlement de Paris, le 22 Décembre 1729, président à mortier le 28 Mai 1732, charges dont il se démet en Août 1758. Il épouse en premières noces Anne-Pierrette Langlois de Lafortelle, décédée en 1741, sans postérité, et en secondes noces, le 23 Février 1747, Marie-Philippine, fille de Gabriel Tachereau, seigneur de Baudry, conseiller d’Etat et intendant des finances, et de Philippe Taboureau des Sceaux, qui donne naissance à deux filles dont l’aînée hérite de Courances.

Anne Auzanet, veuve de Galliot et mère de Anne-Catherine, est en 1705 marraine d’une cloche ajoutée à deux petites fort anciennes, puisqu’elles sont mentionnées en 1539.

Les armoiries de la maison de Gallard sont : d’azur à la face d’argent, chargée d’une flamme de gueules accompagnée en chef de deux étoiles d’or et en pointe d’un croissant d’argent.

Le blason de la famille entier est : d’azur à deux mains d’or en franc quartier et échiqueté d’argent et d’azur.

Anne-Catherine Gallard, dame de la châtellenie des Trois Gots en Basse Normandie (diocèse de Coutances), de Berry, des Landetz, de Courances, Dannemois, Poinville, Sémonville et d’autres lieux survit plus d’un demi-siècle à son mari Nicolas Potier. Pendant son long veuvage, elle fait diverses acquisitions, telles que le fief de Cochet, le moulin Grenat, le fief du Vau qu’elle paye 5000 livres à François Daussy, seigneur du château de Moigny, le clos de Courances aujourd’hui transformé en potager, enfin l’une des fermes de Launoy payée 50 000 livres au sieur Lejau de Chambergeot. En 1755, elle fait construire l’auditoire dont il ne reste plus que l’emplacement.

Mme de Novion manifeste sa munificence et son zèle dans l’intérêt qu’elle porte à l’instruction de la jeunesse. Par ses dernières dispositions, elle assure 200 livres de rente annuelle et perpétuelle et un logement aux instituteurs de Courances et de Dannemois ; elle agrandit et enrichit son église qu’elle dote ainsi que celle de Dannemois. Les pauvres ne sont point délaissés. Agée de 80 ans environ, elle s’éteint en son château le 11 Mai 1772, et son corps rejoint ceux de ses ancêtres et de son mari.

Quoique Mme de Novion soit en possession d’une grande fortune et qu’elle ait même un nombreux personnel pour l’entretien de sa propriété, tout néanmoins porte à croire que celle-ci est fort négligée, puisqu’à sa mort, l’évaluation des réparations tant à l’église qu’au château est de 77 533 livres 10 sols et à Dannemois de 5 242 livres.

Du second mariage d’André Potier, quatrième du nom, et de Marie-Philippine Taboureau, sont issues deux filles dont l’une Léontine-Philippine, née le 26 Novembre 1748, devient à la mort de sa grand-mère héritière des domaines de Courances et d’autres lieux. Tandis que sa sœur, Anne-Marie-Gabrielle, épouse de très haut et très puissant seigneur, Monseigneur Alexandre-Guillaume Gallard de Béarn, compte de Brassac, colonel du régiment d’infanterie de Limoges, reçoit en partage la terre et seigneurie de Grignon.

Le 27 Avril 1768, un avant avant la mort de son père, Léontine-Philippine épouse très haut et très puissant seigneur Monseigneur Aymard-Charles-Marie de Nicolay, né et baptisé à Paris le 14 Août 1747, en l’église St Paul, conseiller du roi en son Conseil d’Etat et privé, puis conseiller au Parlement de Paris le 20 Juin 1767, il succède à son père en sa charge de premier président de la Chambre des Comptes par lettres patentes du 26 Avril 1768 et est le dixième investi de sa maison et le neuvième de père en fils sans interruption. Il est en 1789 membre de l’Académie Française, grand cordon bleu et chevalier de l’ordre royal de Saint-Louis ; il possède les seigneuries d’Ivors, de Neuville, de Goussainville, et par son mariage, de Courances, Dannemois, Poinville, Sémonville, le Berry et d’autres lieux.



Depuis son installation le 17 Novembre 1773, les discours du président de Nicolay dans diverses réceptions des contrôleurs généraux à la Cour des Comptes, attirent de curieux observateurs, contrairement à ces sortes de discours, généralement remplis de lieux communs dont on ne fait pas grand cas. Ainsi Bachaumont conserve ceux que le 1er président prononce le 24 Mai et le 25 Octobre 1776, aux dates des 25 juin et 19 Novembre de la même année de son journal.

Celui qu’il prononce lorsque M. de Calonne fait son entrée avec une pompe extraordinaire, le 13 novembre 1783, mérite d’être cité pour sa singularité ; après avoir tracé le portrait d’un contrôleur général, M. de Nicolay lui dit ces mots : « Vous avez désiré les grandes places, mais depuis longtemps vous vous préparez à les remplir, vous avez perfectionné, embelli les heureux dons de la nature ; votre esprit, vous l’avez cultivé, dans les sociétés du grand monde, comme dans les provinces que vous avez administrées. On vous accordait avec raison de penser et de peindre. On ne s’entretenait que de votre aménité, de votre pénétration, de votre adresse à manier les esprits et les affaires, vous laissez aussi échapper des étincelles de génie ».

Il préside l’audience solennelle du 17 Août 1787, lorsque Monsieur (depuis Louis XVIII) s’y présente pour faire enregistrer ses édits du timbre et de subvention territoriale.

Voici la réponse qu’il adresse au président du département lui annonçant la suppression de la Chambre des Comptes (20 Septembre 1791) :
« Nous vous devons des remerciements, Monsieur, de nous définir le terme prochain de notre existence civile. Les portes de la Chambre des Comptes seront ouvertes. Les préposés des nouvelles administrations peuvent dès aujourd’hui aller consommer notre anéantissement et se promener sur les derniers débris de la magistrature. Nous irons gémir sur les ruines de la religion et de la monarchie, et nous attendrir sur les malheurs de la famille royale, ceux qui les ont loyalement servies conserveront éternellement le droit de les respecter et de les chérir ».

Le premier président de Nicolay est d’une taille majestueuse et d’une physionomie pleine d’expression et de noblesse, même au milieu de sa dure captivité, comme l’atteste son portrait exécuté on ne sait trop comment, pendant sa cruelle détention ; humain et affable, il accueille tout le monde avec une délicate bienveillance qui inspire confiance et met à l’aise. Aussi de tous côtés invoque-t-on sa puissante intervention, du moins sa nombreuse correspondance l’atteste-t-elle. Se considérant comme un père au milieu des siens, il est aimé de ses vassaux qui sans exception trouvent en lui un protecteur affectueux et dévoué, ce qui ne contribue pas peu à justifier la glorieuse distinction dont on le qualifie. « Le grand Nicolay » ; oui, grand, assurément, et plus par le cœur que par son illustration de plusieurs siècles. Peut être embrasse-t-il comme tant d’autres, avec trop d’ardeur, le parti philosophique qui, hélas ! bouleverse si affreusement la société et ne lui en fait que trop subir les funestes et inoubliables conséquences ; lui-même n’en est ni la première ni la dernière victime.
Comme son royal maître et souverain, il tombe entre les mains d’effrénés décidés qu’une insatiable soif de sang humain dévore ; enfermé aux Carmes, il n’en sort que pour suivre la voie sanguinaire du vertueux monarque qui semble être la rançon des honteuses humiliations qui souillent et déshonorent la France. Le 7 Juillet 1794, le 1er président de Nicolay, âgé de 47 ans, verse son sang sur l’échafaud, comme du reste Cazotte le lui avait prédit, ainsi qu’à d’autres personnages non moins illustres, sort que partage son fils aîné Aymard-Pierre-Marie Léon, qui né le 10 Juillet 1770, et condamné par le même tribunal révolutionnaire 21 messidor, est exécuté le 10 juillet 1794, anniversaire de sa naissance, et trois jours après, son père, pour la conservation duquel s’il s’est offert spontanément, et l’oncle de ce dernier, ancien président du grand conseil, ne sont pas plus épargnés. Trois membres de cette illustre famille de Nicolay succombent donc de la même manière.

Dans la nuit du 24 au 25 Juin 1791, tout le village en émoi est sur pied, le tocsin fait retentir ses sons lugubres, une fausse dénonciation adressée le 13 précédent au district d’Etampes accuse le château de renfermer des armes et des munitions. Alors des gardes nationaux, dont le nombre se grossit des recrues faites sur leur parcours, arrivent tout haletants, placent plusieurs pièces de canon sur le faîte de Montmoyen qui domine le château, avec ordre de faire feu au moindre signal de résistance ; ils pénètrent avec une audace indescriptible dans tous les appartements, non sans visiter jusqu’au moindre meuble et se rendre coupable de cruautés. Enfin, ils avouent que la dénonciation est archi-calomnieuse, se confondant en excuses, non sans regretter leur imprudente précipitation et les atrocités envers les châtelains dont ils reconnaissent la haute bienveillance.

Pendant l’orage révolutionnaire, reléguée avec sa famille à St Germain-en-Laye où elle perd sa mère le 11 Mai 1793, Mme de Nicolay est profondément affligée des calamités publiques et de la gêne affreuse où elle est réduite ; elle ne perçoit rien de ses propriétés dont la garde est confiée à un nommé Chapeau, ses biens sont séquestrés, ses récoltes vendues à l’enchère et à vil prix, ses canaux presque dépeuplés, quantité d’objets précieux enlevés, sa bibliothèque dispersée et ses papiers sous scellés. Aussitôt que les circonstances le lui permettent, elle rejoint en toute hâte et le cœur brisé de douleur son berceau d’enfance où la plus vive sympathie l’accueille avec la plus grande cordialité ; elle répare autant que possible les ruines les plus urgentes ; celles de l’église n’échappent point à sa pieuse munificence ; ses dernières volontés sont un témoignage vivant de son bienveillant dévouement pour l’église et les pauvres. Enfin âgée de 72 ans, elle s’endort pieusement dans le Seigneur, non sans avoir fait le partage de sa fortune et de ses biens entre ses six enfants, et son corps est déposé dans le caveau de la chapelle auprès de ses ancêtres.

En vertu de ses dispositions testamentaires, le domaine de Courances, les hôtels de Paris et une des cinq fermes du Soissonnais sont assignés au plus jeune de ses fils, Aymard-Charles-Marie-Théodore, qui né le 30 Juillet 1782, évite l’échafaud en raison de son extrême jeunesse et épouse en 1809 Charlotte, fille du duc Gaston de Lévis, pair de France et membre de l’Académie Française. Dix enfants sont nés de cette union.

Le blason de Nicolaï est : d’azur au lévrier courant d’argent, accolé de gueules bouclées d’or, surmonté d’une couronne de marquis. Leur devise : Laissez dire.

Les Nicolay, qui comblèrent la commune de bienfaits, conservèrent la propriété de Courances jusqu’en Octobre 1872 ; elle fut acquise alors par le baron de Haber qui rendit la vie au château inhabité puis longtemps, le restaura complètement et l’agrandit par l’adjonction de divers édifices qui l’encadrent intelligemment et lui donnent une importance nouvelle, grâce à l’énergique impulsion du comte de Béhague, gendre du baron de Haber. Dans cette propriété, d’une contenance de mille hectares environ, on a peuplé les eaux cristallisées d’une quantité considérable de truites venues de Fribourg et élevées au manoir du Ruisseau, réuni au domaine en 1821 ; cet essai de pisciculture dans quatre bassins disposés en cascades a donné depuis vingt ans les résultats les plus satisfaisants. C’est du reste par ses bassins autant que par ses constructions que Courances mérite d’être célèbre, suivant ce vieux quatrain qui fait honneur au pays de Bière :

Les bois de Fleury,
Les parterres de Cely,
Les eaux de Courances
Sont trois merveilles en France.

Déjà au siècle dernier, d’Argenville, dans son Voyage pittoresque des environs de Paris, appelait l’attention sur ce domaine dont il donne la description suivante :

« Une avenue double conduit dans une avant-cour soutenue de deux canaux qui ont à leur tête des dauphins jetant beaucoup d’eau. Du côté droit se trouvent les potagers et au-devant est une prairie dont les canaux forment une île.

Ce château qui appartient à M. le président de Novion (puis plus tard à M. le président de Nicolay) est environné de fossés fournis par deux torrents. Il y a à sa droite une pièce d’eau entourée de 14 dauphins qui jettent chacun autant d’eau qu’il en faudrait pour faire tourner un moulin. Ces eaux plates qui viennent de la rivière l’Ecole qui passe dans le parc le long des murs. (Ces eaux ne sortent pas de la rivière mais y entrent).

Les bosquets au-dessus de cette grande pièce d’eau sont ornés d’un canal poêle et de cinq bassins avec leurs jets dont un est appelé la Couronne à cause des cinq jets qui partent du centre. Vous apercevez ensuite une salle avec un grand bassin octogone où est une gerbe fournie de sept jets. Plus loin, on découvre un canal de 250 toises de long fourni par la rivière l’Ecole. Un grand bassin rond termine de ce côté le parc qui a 250 arpents et est presque tout planté de bois. (Ce canal est alimenté tant par la rivière l’Ecole que par les eaux du parc).

Vous revenez au château par une allée bordée d’une prairie et de deux canaux dont celui de gauche retourne en équerre, puis retombe par les chutes d’eau. Vous trouvez en face du château une grande pièce de gazon ornée dans son milieu d’un miroir d’eau. La fontaine de la Perruque paraît sur la droite, au milieu d’un bosquet coupé en croix de Saint-André ; au-dessus est le bassin des sources où l’eau arrive par plusieurs auges de pierre fournies par des sources près de l’église. Toutes ces eaux jouent nuit et jour sans réservoir ni robinet, c’est la nature même dépouillée de tout art ».

Le baron de Haber est mort en juin 1892. Aujourd’hui, le propriétaire de Courances est son petit-gendre, le Comte Jean de Ganay, qui l’a acquis au prix de trois millions cinq cent mille cinq cents francs.


Annales Société Historique du Gâtinais – Tome 11 - 1893

lundi 9 avril 2012

L'éducation du ver à soie de l'ailante faite à Milly de 1866 à 1872

EDUCATION
DU
VER A SOIE DE L’AILANTE
(BOMBYX CYNTHIA)
FAITE  A MILLY (SEINE-ET-OISE)
DE 1866 A 1872
PAR M. J. USEBE

 
Mon exploitation consiste en 3 hectares dépendant de mauvais bois d’une étendue totale de 75 à 80 hectares ; ils sont entourés de trois côtés par ces bois, et du quatrième côté par des terres cultivées dont ils sont séparés par un chemin public d’exploitation. Ils peuvent être estimés 400 francs l’hectare. Ces 3 hectares forment un carré à peu près régulier, adossé à une colline d’une asses grande déclivité et orienté à l’ouest. Le sol est composé presque exclusivement de sable siliceux légèrement mélangé de calcaire en quelques parties et parsemé de grosses roches de grès. Dans ces terrains très légers, et surtout dans les parties inférieures, les végétaux sont exposés aux gelées souvent fort tard dans la saison ; on en a eu un exemple frappant en 1871, où, dans la nuit du 17 au 18 Mai, le thermomètre est descendu à près de 5 degrés.


Il résulte de ces circonstances climatiques que le Chêne planté dans ces terrains, gelant presque tous les ans, ne peut s’élever et reste le plus souvent à l’état de buisson, qui ne dépasse pas 1,50 m à 2 mètres de hauteur, quelquefois moins encore. C’est ce qui m’avait décidé à défricher cette partie de bois pour y planter des Ailantes.

Le défrichement a été opéré dans les deux hivers de 1866-67 et 1867-68, et la plantation faite en lignes horizontales espacées de 2 mètres entre elles, et les plants écartés de 1 mètre l’un de l’autre, ce qui comportait 15 000 plants pour la totalité.

Dans les deux années 1868 et 1869, j’ai racheté encore 4 700 plants pour remplacer les sujets manquants. Depuis, les rejets ont suffi, et au-delà, à combler les vides. Je crois, que dans terrains aussi mauvais que le mien, l’écartement de 1,50 m entre les lignes serait suffisant, et qu’on arriverait ainsi à garnir plus rapidement le terrain.

La plantation a toujours été nettoyée soigneusement chaque année, à la pioche, pour détruire les mauvaises herbes, et surtout le chiendent, dont l’invasion suffit pour étouffer complètement les jeunes plants. Avec ces soins et en recevant complètement les souches tous les ans aussitôt après les grandes gelées, on obtient, même dans de très mauvais terrains, une végétation magnifique, car, sauf quelques parties où la plantation est restée grêle et mal venue, j’ai obtenu, en moyenne, au bout de quatre ans, sur chaque souche, trois ou quatre rejets annuels de 2 mètres à 2,50 m de hauteur, et j’en ai mesuré quelques-uns qui ont atteint dans l’année, la hauteur de 3,50 m. Sur ces tiges, les feuilles avaient jusqu’à 1,25 m de longueur et étaient composées de folioles énormes.

EDUCATION DE 1869

J’ai commencé mes éducations, en 1869, avec 30 grammes de graine que m’avaient vendus M.Givelet, de Flamboin (Seine-et-Marne) et 620 œufs qui m’avaient été donnés par M. De Milly, de Canenx (Landes).

Les vers ont été élevés à l’intérieur jusqu’au quatrième âge et porté alors en plein air sur les arbres, sauf quelques centaines qu’on a conservés à l’intérieur jusqu’à la fin.

Les 620 œufs de M. de Milly ont produit 400 cocons, et les 30 grammes d’œufs de M.Givelet 3 900 cocons, en tout 4 300 cocons.

Les premiers œufs ont éclos le 9 Juillet, les premiers cocons ont paru le 12 Août.

Environ 200 papillons sont sortis du 1er au 15 Octobre, et ont produit 15 grammes d’œufs qui ont passé l’hiver et n’ont pas pu éclore l’année suivante.

Le surplus des cocons a été conservé à l’entrée d’une cave peu profonde.


EDUCATION DE 1870


Je les en ai sortis le 23 Juin 1870 pour la seconde éducation. Les premiers papillons ont paru le 5 juillet. Jusqu’au 26 août, il est sorti 3 077 papillons, dont 235 avortons et 1 421 couples, dont la ponte a fourni 830 grammes d’œufs. Dans l’incertitude de la réussite, j’avais acheté encore 40 grammes d’œufs à M.Givelet. L’éducation a marché très régulièrement jusqu’en septembre ; malheureusement, la récolte a été interrompue par l’invasion prussienne, et la majeure partie des cocons est restée dans les bois, où les ouvriers ne pouvaient plus aller les chercher ; la cabane où ils déposaient leurs effets et leurs outils a été incendiée, et les ouvriers eux-mêmes maltraités et menacées d’être fusillés si on les rencontrait encore dans les bois.

Le peu de cocons recueillis avait été déposé en mon absence dans une cave trop humide ; une partie a pourri, une autre partie a été mangée par les rats ; de sorte que, lorsque je suis revenu après le siège de Paris, il ne restait que 18 500 cocons intacts.

EDUCATION DE 1871

Le 27 Mai, les cocons ont été sortis de la cave ; les Ailantes avaient gelé entièrement dans la nuit du 17 au 18. Les premiers papillons ont paru le 26 juin. Jusqu’au 10 août, j’ai recueilli 4 692 couples qui ont produit 2 k 367 œufs et 1 560 papillons avortés ou qui ne se sont pas accouplés. A partir du 11 août, j’ai laissé échapper les papillons, ayant déjà beaucoup plus de graine que je n’en pouvais employer. Les premiers vers sont éclos le 16 juillet, et les premiers cocons sont du 15 août. Tous ces vers ont été élevés à l’intérieur les trois ou quatre premiers jours et portés en plein air dans le second âge. Jusqu’au 19 octobre, il a été recueilli 750 kilogrammes de cocons environ.

La rigueur exceptionnelle de l’hiver de 1870-71 ayant fait périr une assez grande quantité de plans d’Ailante et la gelée du 18 mai ayant détruit les premières feuilles, cette quantité ne représente que les deux tiers de celle qu’on pourrait obtenir au maximum ; en sorte qu’en une bonne année, je pourrais récolter 1200 kilogrammes de cocons, soit 400 kilogrammes par hectare.

En 1870, chaque femelle a produit en moyenne 0 gr, 584 d’œufs, à raison de 497 œufs au gramme.

En 1871, chaque femme a produit en moyenne 0gr, 504, à raison de 488 œufs au gramme.

Les cocons pleins, pesés frais, pesaient 3kg180 le mille, soit 314 par kilogramme.

Les mêmes cocons sortant de la cave l’année suivante pesaient 2kg730 le mille, soit 366 par kilogramme.

Les cocons vides sont au nombre de 2000 environ par kilogramme.

Frais d’établissement et d’éducation pour 3 hectares de 1866 à 1871
L’année 1871 peut être considérée comme une année normale sous le rapport de la dépense. Il en résulte que, vu les frais exceptionnels que j’ai dû faire pour défricher et qui se sont élevés beaucoup trop, à cause de mon inexpérience à cette époque, on peut considérer le prix de 1 franc comme étant le prix de revient des cocons frais et pleins, et qu’on sera exposé à peu de mécomptes en calculant sur ce chiffre.

N’ayant pas vendu ma récolte, je n’ai pas voulu faire de frais en 1872, et, en conséquence, je n’ai fait ne receper les arbres, ni cultiver la plantation. Je me suis borné à y placer de jeunes vers, de manière à conserver la race avec le moins de dépense possible. Le résultat a confirmé l’importance du recepage annuel et de la culture, car au lieur de 750 kilogrammes de cocons, je n’ai récolté que 100 kilogrammes environ, et cependant les feuilles avaient été entièrement mangées. Cette pénurie de feuilles provenait de trois causes : d’abord, de la gelée extraordinaire du 8 décembre 1871, où le thermomètre est descendu à Milly à 25 degrés, ce qui a fait périr beaucoup de souches ; ensuite de ce que les souches n’ont pas été recepées et ont produit, par conséquent, des pousses beaucoup plus faibles, surtout après que les tiges avaient ainsi souffert de la gelée ; en troisième lieu, de l’absence de culture, qui a diminué encore la force végétative des Ailantes. Aujourd’hui toutes les expériences sont faites et donnent la certitude absolue de réussite du Ver à soie de l’Ailante, du moins sous le rapport de l’éducation, dont je me suis seulement occupé. Il reste à obtenir le même succès dans la filature, ce dont je ne doute pas, quand on voudra s’en occuper sérieusement ; le bas prix du cocon permet de tirer bon parti de ce nouveau textile.

Sources : Bulletin mensuel de la Société d'Acclimatation" 2° série-Tome X   année 1873

L'Ailante glanduleux, Ailante ou Faux vernis du Japon ou Vernis de Chine (Ailanthus altissima) est un arbre à feuilles caduques de la famille des Simaroubaceae. Il est natif à la fois du nord-est et du centre de la Chine et de Taïwan. Il est présent davantage dans la forêt tempérée que dans la forêt subtropicale d’Extrême-Orient. L'arbre pousse vite et est capable d'atteindre des hauteurs de 15 mètres en 25 ans. Cependant, l'espèce a également une durée de vie courte et vit rarement plus de 50 ans.



Dans certains pays, l'ailante est devenu une espèce invasive en raison de sa capacité à coloniser rapidement des zones perturbées et à entraver la croissance et la régénération des espèces indigènes par effets allélopathiques. Il est considéré parmi les plantes les plus nuisibles. L'arbre repousse aussi vigoureusement quand on le coupe, ce qui rend son élimination difficile et longue. De plus, il produit de nombreuses graines (300 000 par pied et par an). Dans de nombreuses régions, il a acquis le surnom ironique de frêne puant

samedi 24 mars 2012

La traversée d'Oncy

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Voilà 200 ans, les armées napoléoniennes traversaient Oncy pour se rendre en Espagne où l'Empereur avait engagé une guerre qu'il ne gagnera pas.

Les soldats de passage étaient hébergés chez l'habitant et cela représentait tant de désagrément que l'on retrouve dans le registre des délibérations du Conseil municipal de Milly des demandes insistantes auprès de la préfecture pour qu'en échange les impôts soient moins lourds.

Lourds également les canons.

Avant la Révolution, les chemins vicinaux et les ponts étaient bien entretenus grâce aux corvées que les paysans devaient au seigneur. Ces mêmes paysans devaient, en plus, acquitter un droit de passage sur les ouvrages qu'ils réparaient; ce qui valût, le moment venu, quelques désagréments aux encaisseurs! Les chemins et les ponts ne furent plus aussi bien entretenus une fois les corvées supprimées.

Le pont du Ruisseau qui enjambe la rivière d'Ecole séparant les communes d'Oncy et de Milly s'écroula sous le poids des passages répétés.

Le Conseil Municipal de Milly en informa le Préfet lors de ses réunions du 9 mars et du 7 juin 1811. Un devis sera envoyé après la délibération du 2 janvier 1812, délibération qui sera annulée le 6 septembre suivant parce qu'on avait omis d'y inclure le pavage. Aussi, sans doute, parce que la municipalité d'Oncy n'avait pas envie de payer la moitié des réparations, n'ayant pas les mêmes revenus que sa voisine.



Il faudra attendre 1820 pour qu'un devis de 925 fr (de l'époque, soit 3500 Euro de nos jours ?) soit accepté, Milly en payant les deux tiers et Oncy un tiers.

La lecture des registres de délibération a apporté une autre surprise. Dans la délibération du 7 juin 1811. Le Conseil municipal, allant au devant des désirs du gouvernement, demandait que la ville d'Oncy soit rattachée à celle de Milly : « La réunion spirituelle des deux paroisses déjà effectuée depuis longtemps est un acheminement à celle temporelle que leur concours d'ailleurs a favorisé et a déterminé. En effet, cette petite commune n'est éloignée que d'un kilomètre de la ville de Milly et son territoire touche pour ainsi dire aux faubourg de cette ville. Les deux tiers des propriétés du terroir d'Oncy appartiennent aux habitants de Milly et les deux tiers des habitants d'Oncy ont des propriétés sur celui de Milly. Il y aurait donc tout à la fois Économie et Simplicité dans la réunion de ces deux communes en une seule municipalité, tant pour l'assiette et la perception des contributions, la garde et la conservation des propriétés, que pour l'administration des affaires municipales. »

Le 20 juin 1825, M. le sous-Préfet proposait à la ville de Milly d'annexer la commune d'Oncy « étant donné que, sa longue expérience a prouvé qu'une petite population est dans l'impossibilité d'organiser convenablement son administration municipale »

Le conseil refusera « étant donné que cette mesure ne pourrait que troubler la bonne intelligence qui a toujours régné entre les deux communes. »

Le 6 août 1826, M. le sous préfet réitérait sa demande et le Conseil de Milly lui rétorquait les mêmes arguments qu'en 1825.


Qu'est-ce qui avait bien pu faire évoluer les mentalités en 14 ans ?


Maurice Gelbard

dimanche 4 mars 2012

Les plaques "Michelin" dans le canton de Milly-la-Forêt

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André Michelin va rapidement se montrer comme un véritable pionnier de la signalisation routière dans laquelle il intervient dès 1908. A son initiative apparaissent en 1910 les plaques “Merci” à deux faces sur lesquelles étaient indiquées le nom des localités, la désignation et le numéro des routes, et des inscriptions de sécurité telles que “Veuillez ralentir” placées à l’entrée de l’agglomération et un “Merci” à la sortie. Sur le panneau figurait le nom du sponsor (en l’occurrence Michelin). Entre 1911 et 1914, ce sont ainsi 30.000 plaques émaillées qui sont offertes et posées gratuitement dans les municipalités de France.


Dès le lendemain de la première guerre mondiale, André Michelin entreprend seul l’étude d’un appareil de signalisation qui regrouperait sur un seul support toutes les indications nécessaires au bon cheminement de l’automobiliste. En ce qui concerne les panneaux indicateurs, André Michelin eut l’idée d’utiliser des plaques de lave émaillée, plus résistantes et inoxydables, avec comme support massif, du béton armé. La borne d’angle naît ainsi en 1918, mais c’est en 1928 et après quatre prototypes différents qu’elle prend sa forme définitive constituée d’un pied plus large au sol et plus fin dans le support du cube de signalisation. Et ce n’est qu’en 1931 que l’emploi de ce signal est officiellement approuvé. En plus des bornes d’angle, Michelin produit et installe jusqu’en 1939 des “poteaux”, “murs” et “panneaux muraux” de signalisation, auxquels s’ajoutent quelques panneaux de danger et de priorité. Tous ces panneaux portent un bandeau indiquant soit le nom du sponsor (Michelin, TCF...) avec parfois un logo, soit le département ou la région d’implantation.

En 1946 paraît une instruction générale sur la signalisation routière qui annule toutes les instructions antérieures. Homogénéité et cohérence sont désormais de rigueur. L’administration refuse toute forme de don pour la signalisation des routes. Michelin continue cependant sa production de panneaux en lave émaillée sur béton armé, mais ils ne portent plus aucune indication publicitaire. L’usage des bornes d’angle va peu à peu être strictement limité “aux intersections peu importantes”. Les plaques disparaissent au profit de “flèches”, murales ou sur pied. Mais à côté fleurissent de très nombreux nouveaux panneaux, aux formes et aux graphismes les plus divers. Jusqu’en 1971, année où Michelin cesse cette production, chaque panneau réglementaire aura sa version sur lave émaillée. (à noter que sur la fin, cette dernière sera remplacée pour certains panneaux par de l’acier émaillé traditionnel).

Source : “Un demi-siècle de signalisation routière 1894-1946” par Marina Duhamel-Herz

Plaque Michelin n° 257 du 18-03-32 – Carrefour de la rue Beauregard et rue de la Chapelle Saint Blaise.
Plaque Michelin n°258 du 18-05-52 – Carrefour de la Route de Boutigny et de la Rue du Général Bellavène.
Plaque Michelin n°259 du 18-03-32 - Rue de Chatillon. Cette plaque a été détruite lors d’un accident de voiture le samedi 26 juin 2010.
Plaque Michelin n° 854 du 19-03-34 – MILLY - Avenue de Ganay.
Plaque Michelin n° 855 du 15-03-34 – MILLY - Place du Marché.

Plaques Michelin – MILLY - Rue de Châtillon.

Plaque Michelin n° 8708 du 27-06-50 – MILLY - Route de Boutigny.

Plaque Michelin n°10799 du 10-12-63 – MILLY - Carrefour de la Grande rue  et de rue Saint-Jacques.


Plaques Michelin - 258F - 19-03-34 - COURANCES - Grande Rue et Rue de la Bordée
Plaque Michelin - 259 - 17-03-34 - COURANCES - Rue de la Grange Rouge
Plaque Michelin - 983 - 6-03-34 - DANNEMOIS - Rue des Francs-tireurs et rue du Moulin

Plaque Michelin n°103A du 16-03-34 – MOIGNY - Carrefour de la Grande rue  et de ruelle à Moissy.

Plaque Michelin n°xxxx du xxxx – MOIGNY.

Borne Michelin - SOISY

Plaque Michelin - SOISY - Rue de le Ferte Alais

Plaque Michelin -  SOISY - Rue de Milly

Si vous connaissez d'autres plaques "Michelin" dans le canton de Milly-la-Forêt, vous pouvez nous en envoyer une photo en indiquant sa localisation, son numéro et la date. Nous vous en remercions.
 

samedi 25 février 2012

Concours de Bigotphones du 1er juillet 1906 à Milly-la-Forêt

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Il y eut à Mily le 1er juillet 1906, un important concours de bigotphones. Voila ce que l’on pouvait lire dans l’Abeille d’Etampes du 14 juillet 1906 :

L’équipage d’un aérostat qui serait passé dimanche dernier, au-dessus de la petite ville de Milly, dans la brune qui toute cette journée voila l’ardent soleil, se serait assurément demandé ce qui pouvait causer ainsi une déformation des voix qui faisait que tous les habitants semblaient parler et chanter du nez. Il eut ouvert sa soupape et, redescendu, il eut été fort étonné d’entendre les voix mirlitonesques sortir de si gros instruments.

Nos lecteurs savent qu’à Milly, dimanche dernier, c’était la fête des bigotphones, sociétés de musique éminemment populaire, auxquelles la ville offrait un concours.

Qu’est-ce que le bigotphone ? Va-t-on demander.

Le bigot-phone, inventé par M. Bogot (?) est un mirliton perfectionné. Sur notre demande, un obligeant instrumentiste a tiré de son gousset une embouchure métallique d’instrument au col prolongé d’un tube d’environ 8 centimètres qui remplace le ro eau légendaire. Au milieu du tube, est aménagé une petite loge circulaire dans laquelle se place à frottement une bague nantie d’un fragment tendu de papier à cigarette, remplaçant la pelure d’oignon trop fragile. Cette bague s’appelle la pastille.

L’air poussé de l’embouchure, fait vibrer le papier à cigarette, et voila le mirliton – Le bigotphone disons-nous, constitué ainsi ; placé au bec d’un appareil tubulaire quelconque il simule – quant à la forme – tous les instruments qu’on voudra, même la flûte, et il suffira d’avoir une bonne voix… juste, pour y susurrer toutes les mélodies, tous les airs populaires ou non, de façon à produire un effet qui peut être agréable, suivant la voix qui le fait vibrer.



Tel est le bigotphone, ami lecteur.


L’inventeur a eu l’idée d’en former des ensembles, réunissant par la musique, et c’est dans ces conditions que les bigotphonistes ont été admis à figurer dans les concours, avec des morceaux imposés, classements divers, palmes et couronnes.

Parlons maintenant de la journée de dimanche à Milly et du concours spécialement organisé par le comité commercial des fêtes pour donner un attrait nouveau à la fête patronale de ce pays ; longuement préparée cette fête a provoqué une animation profitable au commerce du pays et mis en lumière, non pas précisément l’art musical, héros du jour, mais bien plutôt l’artistique adresse des couturières, et le charme, la joliesse des jeunes filles et jeunes femmes, leurs clientes que, fleurs gracieuses, nous avons admirées sur la promenade Saint-Pierre.

L’ornementation des rues, quoique moins complète que celle du concours de musique de l’année dernière, faisait néanmoins honneur à l’incontestable bon goût des habitants. Dès l’arrivée, sur la route de Maisse, se dressait un arc de verdure avec une inscription des plus accueillantes pour les visiteurs ; de même la place Grammont, la Grande-Rue s’ornaient de portiques de verdure avec les inscriptions « SOYEZ LES BIENVENUS ! » et « HONNEUR AUX MUSICIENS ! ». Dans chaque rue désignée pour le passage du défilé, des banderoles multicolores reliaient une maison à l’autre, et enfin la place de la Halle fleurie et pavoisée était limitée par des portiques de verdure. Par une attention délicate que tout de monde a pu apprécié, pendant la chaleur du jour un arrosage de toutes les rues de la ville avait été fait au moyen de la tonne mise à la disposition de la municipalité par le service de la voirie.

Avant le défilé

Le matin, à l’arrivé du train de Paris, les échos commençaient à se renvoyer les son aigus des bigotphones de deux sociétés locales la « Jeune France de Milly » et la « Fraternelle Milliacoise » auxquelles venaient bientôt se joindre les sociétés parisiennes. Disons-le, la gaieté de ces sociétés s’indiquait par la jovialité de leurs noms plus que par l’envolée des exécutions ; voici les Joyeux Kremlinois, la grappe de raisin de Belleville, les agrafes françaises du Bon Marché de Paris, le Réveil Matin du XIIIème de Paris, les amis de la bouteille de Villejuif, sans compter les maboules de Bagnolet, et d’autres encore qui s’étaient fait excuser.


Faut-il le dire : grande a été notre déception à la vue de ces divers groupes munis d’appareils en zinc peint affectant la forme des vrais instruments de cuivre, pistons, altos, trombones, contrebasses, peints en vert, rouge, ou bleu… Nous en étions encore au bigotphone en carton peint, et nous nous réjouissions de voir circuler dans la ville des groupes de volatiles, de bovidés, de serpents, de légumes mêmes ou de fleurs, servant de cors et de pavillons à l’embouchure sonore. Et comme çeut été plus pittoresque, plus drôle ! La forme n’eut rien fait au son, du moment que l’instrument était muni de l’invention de M. Bigot ! Nous en sommes restés aphone !!! Et c’est sans gaieté que nous avons suivi dans les salles de concours les membres du jury qui, courageusement ont écouté des imitations de fantaisies musicales exécutées par ces braves gens que la musique réunit, et dont la condition actuelle est de n’être pas musiciens. La plupart, en effet, ne connaissent pas une note de musique.

On juge par là de la patience nécessitée de la part des directeurs de ces sociétés pour empreindre la mémoire de chacun du son, de la mesure, du mouvement afférent à chaque partie. La lecture d’un morceau compliqué n’est rien en comparaison. Et tant de peine pour un mince résultat ! Ne vaudrait-il pas mieux leur apprendre le solfège ! Nous ne suivrons pas, faute de place, les phases de ce bizarre concours qui s’est passé successivement sous le préau des écoles et sous les tentes Duché et Léveque. Nous en donnerons plus loin le résultat.

Le défilé, place de la Mairie
Nous constaterons seulement le zèle, la conviction que montrent ses courageux exécutants jouant chantant en partie d’orchestre, simplifié sans doute des morceaux comme Mireille, le morceau imposé. Mais quel effet d’émotion obtiendrait, sur Magali, la bien-aimé, cette aubade poétique, ou le chant si clair des Magnanarelles dits sur le mirliton. Que le bigotphone se garde du grand art.

Nous avouerons d’autre part l’effet très agréable, très amusant de certains morceaux d’imitation, orchestrés très harmonieusement, et dont le genre s’accommode bien de la sonorité spéciale du bigotphone. De cela, sont Souvenir d’Auvergne, qui a été pour la société la Grappe de Raisin un succès très vif et très mérité.

Toute d’intention de critique mise à part, ce petit concours a parfaitement réussi et le public a fait fête à toutes les compagnies, qui l’ont intéressé ou amusé ; la jeune France, notamment une société de tous jeunes enfants conduite par le professeur de musique de Milly, a été partout applaudie.

A six heures, les divers groupes devant prendre part au défilé se réunissaient sur la place Grammont ; tandis que cette formation s’opérait, les oreilles des promeneurs quelque peu fatiguées par la perception pendant toute une journée des obsédantes vibrations de membranes bigotphoniques, étaient soudain « rafraîchies » par des vibrations d’une harmonie vraiment reposante ; c’était l’Union musicale de Milly, qui, sous la direction de M. Timbert, exécutait la marche des Pioupiou de France.

Si ce n’était plus là « la vraie amour » - refrain d’un morceau de concours – c’était du moins de vraie, de bonne musique dite par de vrais instruments et de fins instrumentistes. Nos voisins de Milly sont fiers, et à juste titre, de leur société musicale, réorganisée aujourd’hui grâce à la ferme et habile direction de son chef M. Timbert, et nous adressons à cette société et à son chef nos sincères compliments.

Défilé place de la Mairie
Les pompiers de Milly, commandés par leur dévoué lieutenant M. Chagot, toujours sur la brèche en toutes circonstances ouvrent la marche et le défilé, au son des joyeux pas redoublés, s’opère dans les rues de la ville accompagné par une foule compacte qui vient se masser devant la tribune installée sous la Halle.


Au fauteuil de la présidence prend place M. Bédu, l’honorable maire de Milly, qui ne refuse jamais ni du temps ni sa peine pour aider ses administrés à faire les honneurs de sa ville. L’assistent MM. Seguin et Baffoy, les dévoués président et vice-président du comité commercial des fêtes, ainsi que plusieurs conseillers municipaux et notabilités de Milly, les membres du jury et les membres du comité des fêtes, MM. Felix, Siroteau, Malle, Chagot, etc… qui virent récompensés par l’affluence du public leurs louables efforts pour donner un peu d’animation à la ville de Milly et à son commerce.

Distribution de récompenses


Les membres du jury, étaient, s’il vous plait, M. Gourdin, le propre tambour-major de la garde Républicaine, M. Naudin, éditeur de musique à Paris, fils d’un compositeur bien connu de Puisseaux, M. Chatpagne, chef de musique à Malesherbes et M. Timbert, le sympathique chef de l’Union musicale de Milly.

La cérémonie s’ouvre par la Marseillaise que joue l’Union Musicale et toutes les Sociétés viennent se grouper autour de M. Timbert pour l’exécution du morceau d’ensemble : Cordialement, qui fut également le morceau imposé aux Sociétés concourant en troisième division. Comme ensemble ce fut très satisfaisant et les applaudissements répétés retentirent longtemps dans la foule qui se pressait sur la place.

Quand enfin le silence fut rétabli, M. Siroteau donna lecture du palmarès des récompenses dont voici le détail :

Concours d’exécution

Prix d’exécution : une Couronne et 75 Francs à La Grappe de Raisin – 1er prix d’exécution : Une couronne de vermeil et 50 Francs, le Réveil Matin – 1er prix d’exécution : Palme de vermeil et 30 Francs, les Joyeux Kremlinois – 2ème prix d’exécution : Palme de vermeil et 20 Francs, l’Agrafe Française – 3ème prix d’exécution : Palme de vermeil, Les Amis de la Bouteille – Prix d’exécution : La Jeune France, une médaille de vermeil, Fraternelle Milliacoise, prix.

Concours d’honneur

Prix ex-aequo : La Grappe de Raison, une palme de vermeil : le Réveil Matin, une palme de vermeil et un Prix de direction, prix de soli à MM. Belin et Guidet.

1er prix d’honneur : Une palme, les Joyeux Kremlinois. Prix de direction, prix de soli M. Estival –

2ème prix d’honneur : une palme, l’Agrafe Française, prix de direction, prix de soli M. Beckerich Charles.

En outre, pour remercier de leur obligeance et précieux concours les Sapeurs Pompiers et l’Union Musicale le jury attribue à chacune de ces deux sociétés une médaille d’honneur.

La Marseillaise exécutée par toutes les sociétés musicales et bigotphoniques clôture à

7 heures du soir la principale attraction de la fête patronale Saint Pierre de 1906 dont l’organisation aura fait un grand honneur au savoir –faire et à l’ingéniosité des membres du Comité des Fêtes.


Pour tout connaître sur le bigotphone :

mercredi 25 janvier 2012

Milly-la-Forêt - Arrosage des rues

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En complément au message précedent, voici ce que l'on pouvait lire dans l'Abeille d'Etampes du 19 et 26 mai 1906.

Dans un précédent numéro de l’Abeille, nous avons entretenu les lecteurs d’un projet d’irrigation des rues de la ville. Nous avons montré combien est vive l’attente de la réalisation de ce projet, qui remonte à de longues années ; les efforts des générations successives toujours restés impuissants pour des motifs divers et toujours très plausibles.


Aujourd’hui, la Municipalité, plus entreprenante, plus heureuse, va avoir la bonne fortune de le faire aboutir et de le réaliser.

Le 14 Juin prochain, l’entreprise sera mise en adjudication à la Mairie de Milly, et s’il n’arrive pas quelque accroc, d’ailleurs improbable, nous avons tout lieu d’espérer que pour les grandes chaleurs estivales nous aurons un arrosage suffisant pour entretenir la propreté et la fraîcheur de nos rues.

Le projet, très coquet, peu coûteux et très pratique, est dû à la Commission de la voirie, qui a été puissamment aidée dans sa tâche par M. A. Hamelin, ancien entrepreneur de maçonnerie, lequel avait déjà bien mérité de la commune pour sa participation dans les travaux de construction des écoles et de la Mairie, en 1891 et 1895. Les plans sont de M. Servant, géomètre à Milly.

Nous donnerons samedi un plan du réservoir et de la canalisation pour permettre à chacun de se rendre compte de l’économie du projet, d’apprécier le soin apporté dans la recherche de la plus grande utilité unie à la moindre grande dépense possible et d’admettre que, somme toute, il n’y avait guère de moyen de faire mieux.

D’ailleurs, ce projet n’est pas définitif. Il doit dans un avenir aussi rapproché que possible s’étendre à toute la partie agglomérée de la commune. Ensuite les habitants seront admis à prendre des concessions d’eau, faculté qui aura bien des avantages puisqu’elle permettra aux maraîchers et amateurs de jardins (et Dieu sait qu’ils sont nombreux à Milly) d’arroser leurs superbes plates-bandes.

Cette extensibilité n’est pas à négliger. Mais pour aujourd’hui nous devons nous contenter de la somme d’hygiène que l’entreprise va nous apporter et dont le public appréciera certainement les bienfaits.

Nous avons donné samedi d’intéressants détails sur l’adoption d’un système régulier d’irrigation hygiénique dans les rues de Milly, irrigation restée nulle jusqu’ici en raison du peu de pente de nos rues, ou dont l’insuffisance avait comme résultat pendant la chaude saison les odeurs désagréables et malsaines qui se dégagent des ruisseaux, les résidus de balayage remplissant les interstices du pavage le long et en contrebas des trottoirs.

Lorsque le projet d’irrigation sera mis à exécution ces inconvénients disparaitront. Voici quelques renseignements complémentaires sur sa réalisation.

L’eau sera aspirée d’une nappe souterraine qui existe à 10 mètres environ au-dessous du niveau de l’usine élévatoire par un moteur à pétrole qui élèvera également l’eau dans un réservoir pouvant contenir 100 mètres cubes que supportera un château d’eau installé sur la place de Lyon et, dont voici le croquis, ce qui nous dispensera d’en donner une plus longue description.


L’irrigation se fera de la façon suivante : une conduite d’eau partant du réservoir descendra la rue Saint-Blaise, la place du Marché et viendra aboutir à la rue Langlois ; en face de la Halle, la conduite se poursuivra par un branchement dans la Grande-Rue. Des bouches placées en divers points de la canalisation permettront l’irrigation des autres rues, ainsi qu’il est facile de s’en rendre compte par la reproduction ci-dessous du plan de distribution d’eau.