Actualités : Exposition et parution du livre "L'enseignement à Milly-la-Forêt"

samedi 29 mai 2010

Avis de recherche


Afin de réaliser quelques panneaux d’exposition pour commémorer la libération de Milly le 22 août 1944, nous recherchons tous renseignements et documents sur ce thème. Nous pouvons effectuer les scans.

Eric Gachot
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mardi 25 mai 2010

Souvenirs et recits de voyages par l'Abbe Poisson


L'Abbé Poisson, prêtre du Diocèse de Chartres, édita en 1890, le récit du voyage qu'il fit en 1851 à travers le Gatinais.
Je vous propose, ci-dessous, le passage qui concerne les environs de Milly !


"Le 3 Septembre 1851, j’allais à Milly. Jusqu’à la station de Bouray, chemin de fer d’Orléans, on compte 8 kilomètres. La route est belle. Je pris à Bouray la voiture de la Ferté-Aleps, correspondant avec celle de Malesherbes. En arrivant au village de Bouray, on jouit d’une très jolie vue : deux collines au sud courent en sens inverse et offrent une perspective des plus agréables. Sur l’une d’elles, en face de Lardy, est une haute colonne, appelée la tour de Pocancy, hameau de 10 habitants, de la commune d’Anvers-Saint-Georges. La Juisne, venant d’Etampes, passe à Bouray. Ce village est fort bien bâti. Tout auprès est le château de Frémigny. On le dit remarquable par sa position et son architecture.

Après 9 kilomètres de chemin, la voiture s’arrêta au milieu de la Ferté-Aleps, bourg mal bâti qu’on décore de nom de ville, chef-lieu de canton de l’arrondissement d’Etampes. Autrefois, elle dépendait du diocèse de Sens, de l’élection de Melun, et ressortissait au Parlement de Paris.

Le clocher de son église est du XII siècle, quatre clochetons pyramidaux accompagnent la flèche à sa base.

L’Essonne circule autour de la Ferté. Au-delà de cette rivière, on entre dans le Gâtinais ; le sol est moins riche. Le village Dhuison est formé de pauvres chaumières ; l’aspect est abrupte et sauvage ; des monticules de grés représentent des forts du moyen âge en ruines, en arrière-plan, sur la gauche, s’élève une colline dénudée ; sur la droite, entre l’ouverture de deux versants, on aperçoit une vaste plaine, celle de la Beauce. Après Dhuison, c’est le village de Vayres, le château et le parc de Bélebat, de la commune de Courdimanche, propriété de la famille de Rennepont. Le soleil jetait de pâles rayons sur quelques arbres dont la partie éclairée était d’un vert tendre, celle qui ne l’était pas, d’un vert sombre. Je considérais avec attention cet effet de lumière ; il produisait la tristesse dans la pensée.

Le paysage de Dhuison, de Vayres, de Courdimanche et de Maisle ne diffèrent point. En face du parc du château de Maisle, se dressent des roches de grès de la manière la plus pittoresque ; elles semblent de loin un fort immense muni de bastions. Toutes ces roches jusqu’à Fontainebleau offrent une perspective particulière.

De la Ferté à Maisle, on compte 11 kilomètres et 6 de Maisle à Milly. La contrée qu’on parcourt jusqu’à ce dernier lieu est triste et abrupte.

Milly est un chef-lieu de canton de l’arrondissement d’Etampes. Voilà ce qu’en dit un religieux du XVIIème siècle, de Guillaume Morin, grand-prieur de l’abbaye de Ferrière-en-Gâtinais : Les habitants de cette ville de Milly sont grands chasseurs, ce qui le rend du tout fainéants, et peu soigneux de travailler à cause des roches et des bois. Ce lieu est fort dangereux pour les passants qui y sont souvent volés, et s’y trouvent des hommes morts et assassinés quelquefois… La paroisse est l’église Notre-Dame, qui est d’ancienne fondation et est au milieu de la ville, où sont des chanoines et un doyen (Histoire du Gâtinais, Edit. de 1630 , in-4. p.404).

Milly est arrosé par l’Ecole, très modeste ruisseau en cet endroit. Cette petite rivière se jette dans la Seine. Elle prend sa source au village du Vaudoré, sous une pierre abritée par trois arbres. Du Vaudoré, elle se rend à Noisy, de là à Chamberjot et à Milly, ensuite à Moigny, Courances, Dannemois, Poissy, Saint-Germain, Cély, enfin à Monthierry, hameau sur la route de Paris à Fontainebleau. Elle entre là dans la Seine, après s’être grossie de plusieurs petits cours d’eau à partir de Moigny. Elle commence et finit dans le département de Seine-et-Marne, après avoir traversé celui de Seine-et-Oise., de Milly à Saitn-Germain. On prétend que son nom lui vient d’une maison d’école bâtie autrefois sur le pont auprès du pont de Milly ; je doute de l’origine du nom. Elle coule dans une large vallée sablonneuse et plate. Des tertres hérissées d’énormes et nombreuses roches la bordent au levant, des collines au couchant. Celles-ci sont couvertes de châtaigniers. En sortant de Courances, elle laisse à gauche, vers le nord-ouest, une vaste plaine sablonneuse, très triste d’aspect, d’autant plus que les alentours sont riches de verdure et d’accidents de terrain. Cette rivière coule au midi de la vallée qu’elle parcourt.

A l’extérieur, Milly a apparence de bourg ; à l’intérieur, d’une petite ville. Les rues sont bien pavées. A l’extrémité de sa longue place est une halle immense, où chaque jeudi se tient le marché. Il n’y avait pas une seule belle boutique. La mise du peuple était simple et à peu près celle de la Beauce. Les physionomies ne marquaient pas l’intelligence. Les enfants avaient mine niaise. Cette petite ville, où passait aux XVIè et XVIIè siècles la grande route de Paris à Lyon, se trouvait en 1851 éloignée des principales voies de communication. Elle était d’un abord difficile, surtout du côté d’Etampes. En général, l’aspect est triste à cause des roches et du terrain sablonneux. Il est riant du côté de Moigny, sur les bords de l’Ecole, où sont quelques prairies et beaucoup de jardins maraîchers. Ces derniers fournissaient à l’approvisionnement des marchés de Melun et de Corbeil. On cultivait la mauve et la guimauve en plein champ pour les herboristes de Paris.

Le Jeudi 4 Septembre, mes neveux me conduisirent à la grotte aux Souris, monticule qui court de l’est à l’ouest. Dans les anfractuosités des roches existe un long conduit, à peine d’un mètre d’élévation, c’est ce qu’on appelle la grotte aux Souris. Je m’y coulai avec mes neveux et leurs camarades, n’y voyant rien d’intéressant, j’en sortis bientôt. Sur le plateau de ce monticule, est une petite ferme d’un nom assez bizarre : Coq-y-but. Les amas de roches sont nombreux, ils forment des tertres, des mamelons, des monticules d’un aspect aussi singulier qu’abrupt ; c’est assurément un site à part, qui frappe, mais n’a rien de grandiose. De cet endroit, Milly ne paraît qu’un village adossé à une hauteur, qui s’étend en cercle de l’est au nord par le midi et le couchant. Cette hauteur commence à la pointe orientale de la ville, elle a un large interstice à l’ouest, ou plutôt elle finit pour laisser place à une vallée, après laquelle commence une autre hauteur. Au nord, à un kilomètre de distance, se déploie en ligne droite, une hauteur couverte de roches. Du plateau de la Guichère, Milly a une meilleure apparence ; c’est un gros bourg, à l’extrémité ouest du bassin formé par les hauteurs d’alentour. On jouit, du sommet de la Guichère, d’une très belle perspective en regardant du côté du midi ; le fond de la vallée offre des bois d’un vert sombre entrecoupés de champs ; au-dessus de ce fond verdoyant sont posés en tous sens des monticules de grés ; dans les vides laissés par les tertres apparaît en arrière-plan et fort au loin la forêt de Fontainebleau. Cette perspective est le plus beau point de vue de la contrée.

Milly a une église et un château dont il doit être parlé. L’église est à l’extrémité ouest de la ville, auprès du château et de la rivière de l’Ecole. Elle est dédiée à la Sainte-Vierge. C’est l’ancienne collégiale du XVIIème siècle. Elle possède des reliques de Saint-Wulfran, qu’on dit être né à Milly. Saint Wulfran fut archevêque de Sens et apôtre de la Frise. Il vivait au VIIème siècle, se retira à la fin de sa vie au monastère de Fontainebleau où il mourut en 720. Détruite lors des guerres sous Charles VI, l’église de Milly fut reconstruite au XVIème siècle. Son clocher est du XIIème siècle.

Le château est un reste de l’ancien. Ses créneaux sont en brique. C’est un pavillon flanqué de deux tourelles, entouré de grands arbres. Il a soutenu plusieurs sièges, principalement sous Charles VII. La propriétaire, en Septembre 1851, était la veuve du Marquis du Lau d’Allemans, neveu de l’archevêque d’Arles, massacré aux Carnes le 2 Septembre 1792. La marquise du Lau était de la famille de Moustier. Femme tout à a fait excentrique par le costume et les habitudes, elle a publié des poésies qui ont quelque valeur.

Le château de Milly est dominé par une hauteur couverte de sapins et de roches et a nom la Garenne . Elle sert de parc. On voit du haut d’une roche le tertre blanc, monticule de sable à 8 kilomètres de distance. Lorsqu’il est éclairé le soir par les derniers rayons du soleil, il forme à l’horizon comme un nuage brillant.

Le mardi 9 Septembre, nous dirigeâmes notre promenade vers le tertre appelé le Nid-d’Aigle, rochers amoncelés les uns au-dessus des autres et qui finissent par former un plateau ayant l’apparence d’un nid. Il domine les autres hauteurs. Son aspect est pittoresque ; le site qui l’environne est sauvage.

Le 10, notre excursion fut vers les grandes vallées. Un baudet portait nos provisions et tour à tour les plus jeunes de la bande ; nous avions projeté un déjeuner sur l’herbe au milieu des bois. Le baudet jeta à bas les cavaliers ; nous rîmes de l’aventure. Des hauteurs des grandes vallées on aperçoit le commencement de la forêt de Fontainebleau, les villages d’Arbonne, de Saint-Martin, le château de Fleury, propriété de la Rochejacquelein le Balafré ; dans le lointant Cély et Perthes, tous de Seine-et-Marne.

Nous allâmes à l’aventure vers Mont-Rouget ; nous nous trouvâmes bientôt dans une gorge formée par deux hauteurs courant parallèlement.

Un point de vue particulier nous fut offert par un tertre isolé et placé à la sortie de la gorge ; on eût dit une forteresse élevée là de main d’homme pour la défense du paysage. Nous gravîmes le plateau afin de descendre dans la vallée du Mont-Rouget. Arrivés au versant, nous nous déterminâmes à l’aventureux parti de sauter de roches en roches, de nous glisser entre les vides qu’elles laissaient. Nous étions quelquefois suspendus presque à pic, appuyant le pied mal assuré sur d’énormes blocs de grés. Après avoir affronté bravement cette périlleuse descente au milieu de roches posées en tous sens, nous nous trouvâmes dans la vallée. En suivant le chemin au milieu des broussailles, nous arrivâmes au bas de Mont-Rouget, parmi les bâtiments de la petite ferme à laquelle il donne son nom. Une société d’apparence grivoise nous y avait précédés ; elle sautait gaiement en ronde, s’amusant d’un pauvre niais dont la manie était de faire des vers. Il avait nom Babin. Elevé dans ce site isolé et sauvage, ce pauvre maniaque s’était mis, quoique très ignorant, à composer des chansons en lesquelles le français et le bon sens manquaient complètement, idées et expressions incohérentes. En guenilles, sale, mal peigné, la mine sauvage, Babin chantait ses œuvres avec la bêtise la plus achevée. Il s’était fait chanteur ambulant, Rouen et Orléans l’avaient vu ; arrêté à Melun par la police, il fut mis fin à ses courses vagabondes. Sa physionomie était douce et sans expression. Ses yeux battus annonçaient plus de manie que de folie : mais il ne pouvait que devenir fou en continuant à versifier. C’était alors un homme d’environ trente ans, sauvage dans ses manières. Nous l’engageâmes à cultiver sa terre et à laisser là la chanson. Il nous répondit : « Quand on a une idée, on ne peut pas l’abandonner comme cela, il faut la mettre à jour ». Ceci voulait dire qu’il continuerait à faire des vers et à se croire un poète digne de renom. La politique avait trouvé le chemin de sa solitude, car entre notre temps elle pénètre partout. Son journal était un journal démagogique, dangereux aliment pour un cerveau malade. A la suite du 2 Décembre, il fut arrêté pour quelques chansons et bientôt relâché ; c’est ce qu’on avait de mieux à faire ; le pauvre Babin était très peu redoutable pour le président Louis-Napoléon.

Nous déjeunâmes sur l’herbe à Mont-Rouget, et de bon appétit.

De l’autre côté de ce monticule, le site change d’aspect ; les versants des collines n’ont plus de roches de grés, ils sont couverts de céréales ou de bois.

Nous atteignîmes les prairies arrosées par l’Ecole ; nous nous dirigions vers Moigny, long village d’une population de 500 habitants. Les demeures annonçaient la pauvreté, quoique les gens soient les plus riches de la contrée. Nous fîmes visite au curé, breton de grosse pâte. L’église menaçait ruine. J’y remarquai un pilier roman. On voyait dans le cimetière une croix mutilée du XIII ou Xvème siècle.

Le vendredi 12, nous dirigeâmes notre promenade du côté de la route de Malesherbes et de celle de Nemours. Malesherbes est à 12 kilomètres de Milly et Nemours à 22.

En arrivant au village d’Oncy, le paysage est assez couvert ; il rappelle celui de Perche. Oncy est à 2 kilomètres de Milly. La route de Malesherbes, en passant entre le jardin de son ancien prieuré et le château de la Rennomière, fait la limite des deux départements de Seine-et-Marne et de Seine-et-Oise. La Renommière, de la commune de Noisy-sur-Ecole, appartient au premier, Oncy au second. Le château de la Renommière n’était plus qu’une maison de campagne, et il ne restait qu’une partie de son parc. A son sud-est est le hameau d’Auvert de 200 habitants. Nous montâmes sur une hauteur couverte de roches, puis nous descendîmes dans la vallée où est situé le château de Chamberjot ; il est bâti en briques rouges, a ses portes et ses fenêtres peintes en vert. Sa position est agréable. L’Ecole sépare son parc de praires entrecoupées d’arbres. En face, une colline circulaire offre la perspective de bois et de quelques roches. Le parc a plus de 50 hectares. Le long est la route de Nemours. On aperçoit au loin Chapelle-la-Reine, chef-lieu de canton de l’arrondissement de Fontainebleau.

Le lendemain 13, nous allâmes à Courances. Le château en est très beau ; il a été construit au XVIIème siècle. On y arrive par une superbe allée d’ormes. Une vaste pelouse précède la grille d’entrée. D’abondantes eaux l’entourent ; elles forment deux îles.

On en rencontre également de tous les côtés de son parc. On doit ceci à la quantité de sources. Elles sont ferrugineuses et renommées. Elles déposent sur les pierres de l’oxyde de fer qui donnent à celles-ci une teinte rouge. Parmi les sources on distingue la fontaine du Roi, ainsi nommée, par qu’Henri IV, dit-on, y vint boire. J’y bus sans être roi. Charles X, pendant son séjour à Fontainebleau, y envoyait chercher de l’eau comme étant la meilleure de la contrée. L’on ne servait que celle là à sa table. Il y est de fait qu’elle ne contient aucune matière calcaire ; or, on sait que moins l’eau en contient meilleure elle est.

Courances appartenait, lors de notre visite, à M.de Nicolaï, qui l’abandonna en 1830 pour aller habiter Genève ; aussi rien n’y est plus entretenu. Les pièces d’eau, d’une très grande étendue, et par la même fort belles, sont au nombre de cinq. Un tel abandon est précurseur de la ruine.

Un mot maintenant sur le lutrin de Milly, grotesque qu’on ne pourrait passer sous silence. Qu’on se figure deux petit hommes à demi-âge, arqués du dos, si bien qu’en devant ils formaient en commencement de voûte, maigres, chétifs, la prunelle sans étincelle, l’œil mort, laide à faire reculer de dix pas. Le premier chantait comme un mouton enroué qui essaie de bêler et ne rend que des sons rocailleux, allongeait le cou à chaque aspiration, ayant le nez enflé par le bout comme un bourgeon, le front ridé et surbaissé, le regard fixe du veau. Le second, ébauche d’homme, extrait informe de la nature humaine, tête petite, front proéminent et fort étroit, œil enfoncé dans l’orbite et abrité comme dans une caverne par l’os frontal, nez exigu jusqu’à l’excès et un peu relevé par le bout, posé sur une figure des plus plates, s’enfonçant par la racine de même que les yeux, s’effaçant, la mâchoire supérieure en arrière plan., la mâchoire inférieure s’avançant pas là même davantage, le menton effacé au point qu’on se demande s’il existe, la bouche s’arrondissant dans le chant comme l’orifice de l’anus d’une poule, la voix grêle, le souffle expirant, tel ce second chantre faisait parallèle au premier. Entre des deux inimaginables grotesques existait un désaccord de chant parfois complet, mais la figure restant constamment imperturbable. Tel était le lutrin de l’église de Milly. Gresset eût pu de sa muse badine le décrire, et lui donner pour titre : Le Lutrin inconcevable.

Le bedeau, en huissier, n’était pas moins curieux à voir : c’était un petit homme à jambes en arbalète, le bras gauche suspendu en tiers-point ; celui de droite faisait arpenter le chemin à une longue canne. Le cou était incliné, la tête en avant, l’air niais outre mesure, la contenance embarrassée en toute la personne. Il fallait ajouter au tableau le vicaire, petit gringalet perché au haut d’une stalle. Le nez, accidenté à sa racine, filait ensuite droit sur la même ligne que le front, se plissant lors de la parole ou du chant, ne formant plus, pour ainsi dire qu’une même pièce avec le visage. En chaire, ce petit homme avait façon d’Arlequin auquel on a attaché des ficelles afin que le mouvement fut invisible ; dans la déclamation, le ton était uniforme. La composition ne manquait pas de prolixité : on pouvait dire qu’elle appartenait au genre diffus où les mots remplacent les idées. Dans ce débit, cet abbé écarquillait son petit œil de la manière la plus comique. A côté de moi était un séminariste à crâne dénudé, mais recouvert par une perruque tant soit peu posée à faux, ce qui n’était pas un enjolivement. De l’autre côté, le curé offrait au regard une tête effilée, dont le sommet formait un angle aigu avec des yeux singulièrement posés. Autour de cette collection si drôlement agencée était un petit troupeau disséminé au milieu de beaucoup de chaises vides. Ainsi fut le spectacle durant trois dimanches consécutifs, si ce n’eût était le lieu saint, il eût été désopilant. On pouvait, sans méchanceté, en rire au retour.

Reprenons nos promenades. De la hauteur de Péronne et de Mont-Royal, au sud de Milly, on jouit de deux vues très différentes. Tourné, vers le nord-est, on a à droite et à gauche la vallée de l’Ecole, de Noisy à Courances, belle étendue où se mêlent les bois et les prairies, dominé par des tertres aux roches grises. A l’horizon, la forêt de Fontainebleau se montre entre deux échappées. A l’opposé de ce site varié et gentil se déploie le plateau de la Beauce, au, triste, monotone. Il arrive jusqu’à Milly.

Nous descendîmes à la Roche-Creuse. C’est un énorme bloc de grés posé perpendiculairement, excavé à l’intérieur, formant une voûte à nervures diverses et soutenue par des piliers s’épanouissant en branches ou veines à leur sommet. Ce travail de la nature est très curieux. Des noms et des dates sont gravés à l’intérieur, car l’homme le plus obscur aime à laisser un souvenir de son passage.

Le site de Milly, quoique plein d’intérêt, n’est pas gai : l’âme n’y éprouve point de ces émotions qui l’enchantent. On contemple, on admire, on est étonné, mais on n’est pas non plus remué comme dans les sites gracieux et riants. On n’est pas non plus frappé comme dans les effroyables et majestueuses, perspectives des montages, où l’imagination est si fortement impressionnée. A Milly, il n’y a qu’un simple soulèvement de roches mises à nu par un épouvantable cataclysme, celui probablement du déluge universel. Néanmoins, on s’en va très satisfait d’avoir parcouru ce site à part.

Milly possédait un établissement de Frères de Sainte-Croix, du Mans, au nombre de trois, un autre de Sœurs de Saint-André, de Poitiers, en même nombre. Elles étaient chargées de l’école communale des filles et de la visite des malades à domicile ; il n’y avait pas d’Hôtel-Dieu.

Le mardi 23 Septembre, je partis pour aller visiter le château de Fontainebleau."

vendredi 14 mai 2010

Rétrospective des 10 ans de l’Espace culturel Paul Bédu



En juin prochain, nous fêterons les 10 ans de l’Espace culturel Paul Bédu, inauguré par les représentants de la Ville et de la famille Bédu le 24 juin 2000.

Pour célébrer cet événement, la Municipalité a souhaité réunir les artistes qui ont participé à la vie de cette structure culturelle majeure pour Milly-la-Forêt, lors d’une rétrospective organisée de mai à août 2010.

À cette occasion, à côté des œuvres - photographies, peintures et sculptures, une collection d’affiches retraçant toutes les expositions depuis 2000 ainsi qu’une série de timbres créés pour l’occasion et représentant les plus belles pièces de la collection seront présentées.

Par ailleurs, samedi 29 mai une rencontre sera organisée en présence des artistes, des représentants de la Ville et des amateurs d’art qui fréquentent régulièrement l’Espace culturel Paul Bédu. Vous y êtes naturellement cordialement convié car cet espace, gratuit pour les Milliacois depuis janvier 2008 est aussi le vôtre.


Espace culturel Paul Bédu
Du 29 mai au 29 août
Du mercredi au dimanche de 14h à 18h
Entrée libre

Pour plus d'informations sur l'Espace culturel Paul Bédu, visiter le lien ci-dessous.

Espace culturel Paul Bedu

dimanche 9 mai 2010

Concours "Localisation de ces deux repères de nivellement"


Jacky a attiré mon attention sur deux repères de nivellement se trouvant dans Milly.

Le nivellement général de la France (NGF) constitue un réseau de repères altimétriques disséminés sur le territoire français métropolitain continental, ainsi qu'en Corse, dont l'IGN a aujourd'hui la charge. Ce réseau est actuellement le réseau de nivellement officiel en France métropolitaine.

On distingue cependant deux réseaux :
• NGF - IGN69 pour la France métropolitaine, le « niveau zéro » étant déterminé par le marégraphe de Marseille ;
• NGF - IGN78 pour la Corse, le « niveau zéro » étant déterminé par le marégraphe d'Ajaccio

Altitude 64 m



Altitude 67m


Je vous propose le petit concours suivant :

Le premier d’entre vous qui localisera correctement ces deux repères, recevra 4 cartes postales « modernes à tirage limité » de Milly. Vous pouvez répondre en laissant un commentaire ou par e-mail (eric.gachot@orange.fr)

- 1ère plaque (altitude 64m) : ……..
- 2e plaque (altitude 67m) : ……

Bonne chance !!

lundi 19 avril 2010

Des loups à Milly !


Le 29 Janvier, vers 3 heures du soir, Mme Bouché, femme du garde de Coquibus, accompagnée de sa fille, se rendait à Milly pour faire des provisions, quand elle entendit derrière elle un bruit insolite. Arrivée à la Grotte-aux-Souris, se retournant tout-à-coup, elle aperçut ou crut apercevoir un loup ; aussi, battant prudemment en retraite, elle rentra chez elle.

Le lendemain, les chiens de garde manifestèrent par leurs aboiements une véritable terreur ; le loup sans doute rôdait par là.

A Montrouget, les chiens du garde Barbier ont manifesté également leur inquiétude.

On sait que Coquibus, Montrouget et les Grandes Vallées, par leur situation, se prêtent admirablement à devenir le lieu de retraite des fauves et des loups quand il en rôde dans la contrée.

L'abeille d'Etampes du 17 février 1917



L’hiver dernier, nous relations ici même la présence de loups à Coquibus ; des traces de leur passage étaient également relevées aux abords des baraquements du centre d’instruction des Zouaves de la route de Boutigny. Finalement, les dangereux carnassiers furent aperçus à tant et tant d’endroits que beaucoup de gens accueillirent avec scepticisme les affirmations des témoins.

Or, il y avait bien des loups dans la région indiquée et il y en a probablement à nouveau. Le fait suivant le prouvera aux incrédules :

Le 23 Novembre dernier, M. Eugène Boucher, cressonnier, rue des Châtaigniers, à Milly, prenait au piège un renard dans les bois de Saint-Laurent, secteur nord de Milly. Il remarqua, en le dépouillant, de fortes morsures au ventre de l’animal. A peu près certain que l’auteur de cette tentative d’éventrement ne pouvait être un chien, M. Boucher tendit un piège à loup à l’endroit où il avait pris le renard. Le lendemain, un loup de forte taille s’y trouvait pris ; il l’abattit d’un coup de fusil et l’apporta à M. Vajou, vétérinaire qui, après examen, reconnut bien en l’animal abattu un beau spécimen de carnassier.

M. Boucher pourra faire avec la peau une magnifique descente de lit !

Avis aux chasseurs ! Voilà du beau gibier et de la chasse émouvante ! Ce loup n’était pas solitaire et il est à peu près certain qu’un de ses congénères – si ce n’est plusieurs – rôde dans les mêmes parages.
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L'abeille d'Etampes du 8 décembre 1917


dimanche 28 février 2010

Inauguration de l'école maternelle de Milly-la-Forêt

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L'école maternelle située au coin du boulevard du nord (aujourd'hui boulevard du Maréchal Lyautey) et de la rue de Melun, a été inaugurée le 21 juillet 1935, par M. Cathala, ministre de l'Agriculture en présence de M. Dormann, député et de M. Dammeron, architecte.


Pose de la première pierre.
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Inauguration, le 21 juillet 1935.
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La nouvelle école maternelle en 1936.
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L'école maternelle vers 1960.
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samedi 13 février 2010

La marmotte de Milly

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En 1923, Adrien Sée, Procureur de la République à Etampes, déniche dans les archives du Tribunal le dossier d'une affaire pittoresque dont Milly-La-Forêt fut le théâtre en 1818, et décide d'en publier le récit. Nous en donnons ici les principales pages.
Le Carême de 1818 à MILLY fut troublé par une querelle héroï-comique entre le Curé Canard et une de ses jeunes paroissiennes, Mlle Caroline DUMONT qui, malgré plusieurs défenses, persista à se présenter à l'office, la tête couverte d'un mouchoir ou, comme on disait alors, d'une "marmotte", dénomination qui vient de ce que les petites Savoyardes, montreuses de marmotte, étaient ainsi coiffées.
L'affaire tourna au scandale.
Bravé dans son église, le curé de Milly porta plainte aux autorités civiles et ecclésiastiques et dénonça le sieur Dumont, ancien commissaire des guerres, et sa fille comme des monstres d'impiété et d'irréligion.
Voici les faits :
Pendant le Carême à Milly, il y a une prière certains jours de la semaine, à l'église, où se rend un grand nombre de paroissiens. Le Vendredi 27 Février 1818, la demoiselle DUMONT et beaucoup d'autres jeunes personnes y assistaient en réunion, presque toutes coiffées d'un mouchoir sur la tête : c'est la coiffure habituelle de Mlle DUMONT. Pendant l'exhortation que faisait M. Le Vicaire et lorsque le silence régnait à l'église, M. Canard quitte sa place, va à la demoiselle DUMONT et s'adressant à elle, lui dit de la voix la plus courroucée :
Il est indécent, malhonnête à vous, Mademoiselle, de vous présenter ainsi coiffée à la Prière. Iriez-vous dans cet état au bal ou à la noce ?
A quoi la demoiselle DUMONT a répondu :
Vous savez bien que cette coiffure m'est habituelle et journalière.
Et M. Canard a répondu d'une voix encore plus forte et plus animée :
Vous êtes une malhonnête, une indécente.
Le Vendredi 6 Mars, il y avait aussi à la prière beaucoup de filles et de femmes coiffées ou couvertes d'un réseau et en mouchoir, quoique M. le Curé eût donné l'ordre au Suisse et au bedeau de ne laisser entrer aucune femme ainsi coiffée et le dit jour, M. le Curé mécontent de ce que ses ordres n'avaient pas été exécutés et après avoir fait une sortie peu conforme à son caractère, contre les femmes dont il avait signalé la coiffure, fit annoncer en chaire par son vicaire qu'il n'y aurait pas de prière le mercredi suivant.
Le 8 Mars, il écrivit à M. Sergent, Procureur du Roi à Etampes, la lettre suivante :
Monsieur le Procureur du Roy,
Il y a quatorze ans que je suis curé de Milly, il m'a été impossible, malgré mon zèle et mes soins, de parvenir jusqu'à cette heure, à établir le respect dû au lieu saint. Il est à votre connaissance que j'ai été troublé souvent dans l'exercice de mes fonctions, je l'ai été en outre bien des fois dont vous n'avez pas été informé, me contentant d'en gémir en secret. Mais un plus long silence pouvant compromettre singulièrement les intérêts de la religion, je me suis cru obligé de vous adresser le mémoire ci-joint.
Le sieur Dumont s'est retiré à Milly depuis environ quatre ans.Commissaire des Guerres pendant la Révolution, ensuite cafetier à Paris, enfin rien, il emploie ses loisirs et son désoeuvrement à critiquer, calomnier, chansonner les uns et les autres. Perclus de l'usage de ses jambes, on dirait qu'il cherche à se dédommager de cette privation par l'étonnante activité qu'il donne à sa langue et à sa plume, aux saillies desquelles personne n'échappe. Mon neveu et moi avons été nommément l'objet des satires de M. Dumont et fourni matière à la verve poétique, tant du père que de la fille, mais ce reproche est le moindre de ceux que j'ai à lui faire.
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[Suit un long développement sur l'immoralité du Sieur Dumont].
Le curé ajoutait que le Sieur Dumont joignait l'impiété à la bouffonnerie et qu'il existait entre les mains de quelques particuliers de Milly des écrits, chansons attribués au Sieur Dumont dans lesquels on serait embarrassé de décider ce qui domine davantage de l'ordure ou de l'impiété.
Parallèlement, Marie-Agathe-Caroline Dumont, âgée d'environ 21 ans, se plaignait à son tour de l'attitude du Curé en défendant non seulement le port de sa coiffure mais encore en accusant d'irrespect dans l'exercice de son ministère le curé qui peu de temps avant avait suivi un convoi funèbre monté sur un âne.
Caroline Dumont produisait le certificat suivant :
Nous, notables habitants de la commune de Milly, qui avons l'habitude de fréquenter l'église, certifions à qui il appartiendra : 1° que Mademoiselle Dumont, fille de M. Dumont, ancien commissaire des guerres, habitant de cette commune, est une demoiselle irréprochable sous le rapport des moeurs et de la conduite ; 2° que sa coiffure journalière est un mouchoir propre et très décemment posé sur sa tête ; 3° enfin qu'il 'est à notre connaissance entière qu'elle s'est toujours conduite à l'église avec révérence et modestie.
En fait de quoi nous avons signé le présent pour servir et valoir ce que de raison.
Milly, ce 4 Mars 1818.
Suivent les signatures dûment légalisées : Hamelin, propriétaire ; Reignier, adjoint ; Humberotte, huissier royal ; Ponsier, maître cordonnier ; Daix, percepteur ; Pasque, Chevalier de la Légion d'Honneur ; Toussaint, Gable, propriétaire ; Cordier, suppléant du juge de paix ; Jean-Baptiste Humblot, membre du conseil municipal ; Charpentier Delaboulay, ancien maire, etc...
Le Curé ne manqua pas d'être informé de la lettre et des justifications envoyés par le demoiselle Dumont au Parquet. Le certificat des notables eut le don d'échauffer sa bile et il adressa aussitôt un supplément à sa plainte :
Monsieur,
1° J'aime à croire que les signataires de ce certificat n'ont jamais vu la fille Dumont dans ses toilettes de bal, de danses publiques ou même de visites de pure honnêteté. Car alors ils auraient du certifier que la marmotte est la coiffure ordinaire de Mlle Dumont quand elle est en chenille ou dans son grand négligé, mais qu'elle a soin de mettre plus décemment lorsqu'elle veut se présenter dans quelque lieu tant soit peu important ou respectable.
Mlle Dumont a pris soin elle-même de donner le démenti sur ce point aux signataires du certificat, puisqu'elle affectait (le lendemain de la signature) de se présenter partout en chapeau monté à ruban, touffes, etc...
2° On atteste en outre dans ce certificat que la père et la fille Dumont sont de bonne vie et moeurs.
Je n'ajouterai qu'un mot pour prouver que cette affaire n'a été imaginée que par la méchanceté et qu'elle est le résultat d'une cabale aussi odieuse qu'elle est peu déguisée.
Hier, 8 du courant, la demoiselle Reignier, une des tenantes de la fille Dumont, prit l'enfant de la nommée Chagot et l'habilla exprès en marmotte, pour l'apporter à l'église dans le dessein d'y exciter du trouble...
Devant la tournure que prenaient les événements, M. le Procureur du Roi fit procéder à une enquête approfondie et consulta le Maire de Milly.
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M. le Maire Havard "homme ami de la tranquillité et du bon ordre" fut bien embarrassé et répondit à M. le Procureur, "conservateur des bonnes moeurs" :
... Il ne m'appartient pas, Monsieur, d'avoir une opinion sur cet événement ; je dois me borner au récit impartial des faits et abandonner le reste à votre jugement...
Le brigadier de gendarmerie royale à la résidence de Milly fit également son rapport favorable à Mlle Dumont "qui a les moeurs les plus douces jointes à une mise très décente et se conduit à l'église avec toute l'onction possible".
Dans l'intérêt des moeurs et de la religion, le Procureur du Roi prêchait le calme. C'était compter sans le curé Canard qui multipliait ses démarches.
Il était venu de Milly à Etampes voir le Procureur du Roi et le sous-préfet. Le Procureur du Roi lui avait donné des conseils de modération. Le sous-préfet semble avoir accueilli fraîchement le curé qui essaie de reprendre l'avantage, dans la lettre suivante :
... Je me contenterai de dire que la commune de Milly se compose de 500 feux, qu'elle compte plus de 300 chefs de famille qui savent signer, que 54 personnes ont bien voulu attester en faveur des Dumont et que tout le reste des habitants a refusé de le faire ; je n'avancerais peut être rien de trop en disant que parmi ces derniers, il s'en trouverait peut être plus de 60 qui déposeraient que la conduite du sieur Dumont et de sa fille est tellement immorale qu'on peut la regarder comme un fléau plus dangereux que la peste pour la paroisse de Milly où elle cause un tel scandale que j'ai dû m'élever avec force contre ce débordement de corruption et le dénoncer aux autorités civiles qui sont chargées de protéger les moeurs et de sévir contre la licence et la perversité.
... La fille Dumont qui n'assiste que très rarement aux offices divins vint donc à la prière du soir, le Vendredi 27 Février, avec la coiffure dont j'avais fait sentir l'indécence. Je lui en fis des reproches, mais bien loin d'en tenir compte, elle affecta au contraire de s'en moquer et elle intrigua pour entraîner ses camarades dans la révolte et leur faire épouser sa querelle. Il y eut en conséquence un rassemblement de jeune personnes chez le nommé Dupré. Au nombre des insurgés se trouvaient les Demoiselles Reignier, Daix et quelques autres. Elle prirent ensemble la résolution de venir me braver jusque dans le sanctuaire et formant aussitôt un bataillon carré, elles se dirigèrent vers l'église, le Mercredi 4 du courant, pour assister en marmottes à la prière du soir et accompagner la fille Dumont qui seule était en marmotte. Cependant, le courage et la hardiesse manquèrent à presque toutes. La plus jeune fille Dupré entra dans le lieu saint, mais se tint derrière un pilier. Pour Mlle Dumont, elle poussa l'effronterie jusqu'au bout et vint se placer à proximité du banc où j'ai coutume de me mettre pour assister à la prière. J'avais été informé du complot et je jugeai qu'il était prudent de ne pas assister à la prière ce jour là. Mais le vendredi suivant, 6 de ce mois, je fis placer les Suisses et bedeau à la porte de l'église et je leur recommandai d'interdire l'entrée à toutes les demoiselles indécemment coiffées.
Plusieurs de celles dont la coiffure était indécente se retirèrent, mais Mlle Dumont, qui ne peut être arrêtée par aucun procédé de décence et de raison, alla son train, força la sentinelle et vint se placer au milieu de l'église. Moins surpris qu'affligé de sa démarche, j'allai à elle et je lui déclarai qu'elle me troublait dans mes fonctions, qu'elle prenait occasion de la prière pour donner du scandale et qu'en conséquence j'allais faire cesser les prières du soir à compter de ce jour...
L'évêque de Versailles, saisi de l'incident, ne différa pas sa réponse, il témoigna, le 1er Avril, au curé son désir que l'affaire en restât là et que sa plainte fut retirée.
Mais le bouillant curé voulait obtenir "qu'il soit fait une condition à toutes les femmes de Milly de ne pouvoir entrer dans l'église la tête coiffée d'un mouchoir, condition sans laquelle il n'abandonnait pas sa plainte contre la Demoiselle Dumont" :
Je commence par poser en thèse générale que la coiffure en mouchoir ou la marmotte, n'est pas du tout la coiffure des femmes et filles de Milly. On ne fait usage de ce costume que pour la nuit ou pour balayer les ordures de la maison et aller à la rivière laver le linge. Mais on ne se permet pas d'assister au service divin avec cette coiffure dont l'indécence est généralement reconnue.
... Comme il n'y avait plus de prières du soir après la semaine saine, la fille Dumont a alors repris son chapeau qu'elle n'a cessé de porter pendant toutes les fêtes afin d'assister, dans une auberge, à un repas qui a duré trois jours et où elle aurait rougi de se présenter en marmotte, quoique les convives fussent de la dernière classe, c'est-à-dire des boulangers, des fils et filles de cordonniers, etc..., tous personnages qui ne devaient pas exiger de la part de la fille Dumont une grande dépense de toilette.
Malgré ce comble d'audace et d'irréligion, je suis encore disposé, ajoutait le curé, à entrer dans vos vues pacifiques et à ne donner aucune autre suite à cette affaire pourvu qu'il soit fait défense de se présenter à l'église pour assister aux Saints Offices avec une coiffure indécente adoptée seulement pour la nuit. Si je n'obtiens pas cette satisfaction, j'aurai la douleur de ne voir bientôt dans mon église que des marmottes. Garçons et filles, tous se croiront autorisés à assister à la messe aux jours les plus solennels avec des mouchoirs sur la tête. Car je dois vous faire connaître, Monsieur, que les hommes ont déjà adopté le mouchoir pour travailler dans les champs. Ils se permettent aussi d'assister aux convois et aux processions le chapeau sur la tête. Vous voyez d'après cela qu'il n'y a plus qu'un pas à faire pour se présenter à l'église en toilette de nuit...
Excédé, le Procureur du Roi répondit le 12 Avril 1818 :
Monsieur le Curé,
Il m'est impossible, sans commettre un excès de pouvoir, d'autoriser la défense que vous vous proposez de faire à toutes les personnes du sexe féminin à Milly de se présenter à l'église, la tête coiffée d'un mouchoir...
Permettez mois de vous faire remarquer, Monsieur le Curé, que les sentiments peu favorables que vous portez à la Demoiselle Dumont, vous entraînent, contre votre intention sans doute, à solliciter une défense générale, lorsque vous ne voudriez atteindre que Mlle Dumont seule.
Rappelez-vous, Monsieur, que vous êtes vif et même violent. Tentez de vous calmer et vous reconnaîtrez que vous êtes égaré par un sentiment, je ne dirai pas de haine, mais d'animosité qui vous domine, et dont les suites ne peuvent qu'être fâcheuses pour vous. Encore une fois, M. le Curé, la coiffure contre laquelle vous vous élevez avec tant d'aigreur n'a rien d'indécent ; elle n'est autre chose qu'une mode économique et tant qu'il y aura des classes de femmes malaisées, cette mode se maintiendra.
Les derniers brandons de discorde allaient s'éteignant... Le vieux soldat pestait bien à part soi contre la tyrannie du Curé:
Si je n'étais pas ennemi de tout ce qui porte une teinte d'émeute populaire, je vous produirais une attestation des habitants en général qui vous montrerait que la suppression de la coiffure dite marmotte, est une tyrannie contraire à l'intérêt des pauvres familles qui souffrent beaucoup d'être forcée à des dépenses de blanchissage de bonnets pour envoyer leurs enfants au catéchisme, aux prières et autres offices des jours ouvrables.
Puis un post-scriptum, lourd des concessions faites :
Je vous assure M. Le Procureur du Roi, que je ferai tous les sacrifices humainement possibles pour la tranquillité, mais je ne souffrirai jamais que ma fille, à 21 ans, qui a de la religion, des moeurs et une éducation soignée, soit sous la dépendance servile des passions de son curé !
L'orage, près de se dissiper, allait-il gronder à nouveau ? Non. Le 1er Mai 1818, la paix était faite ainsi qu'il résulte d'une lettre du sieur Dumont au Procureur d'Etampes :
Comme l'opinion de toutes les autorités est fixée dans l'affaire de ma fille avec son curé et qu'il n'est pas dans les principes qu'une demoiselle de 21 ans conserve de l'éloignement pour son pasteur, j'ai ordonné à ma fille de se rapprocher de lui. L'entrevue a eu lieu ces jours derniers : on s'est promis de part et d'autre d'oublier le passé. Je suis donc fondé à croire que la paix va renaître.
De son côté, le Procureur général avait conclu que le déplacement de M. le Curé de Milly serait un bienfait qui profiterait à la religion et aux moeurs dans une ville où ce scandale n'était pas le premier qu'on ait eu à reprocher à cet ecclésiastique qui dégrade son ministère, qui s'abandonne très facilement aux mouvements de la violence et de la colère et nourrit des sentiments haineux sans vouloir écouter les conseils de modération qui lui ont été données par Mgr l'Evêque de Versailles.
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Récit d'Adrien Sée

dimanche 31 janvier 2010

Exposition : Alain Briand - « Aquarelliste des rues »

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Son nom est moins familier que sa silhouette dans les rues de la ville mais c’est bien de lui dont il s’agit, cet artiste au chapeau sombre qui s’installe dans les endroits pittoresques de Milly pour en retranscrire le charme de son pinceau aquarellé. Son discours revêt la douceur de ses peintures, en témoigne ces quelques mots sur son approche artistique : « Je pense que la réalité mérite qu’on témoigne d’elle fidèlement. Je m’invite souvent au mariage de la pierre couturée de cicatrices, du lierre coriace qui sait qu’il aura le dernier mot, de l’eau qui passe et reste à la fois, et du métal fatigué, que la rouille allume de couleurs improbables. » Il peint dans la rue et sur les chemins, car la rencontre du promeneur, du curieux est au cœur de sa démarche. Comme d'autres montrent du doigt, il restitue de la pointe du pinceau ce détail que l'habitué, tout affairé, ne voit pas ou ne regarde plus. Il le soustrait au temps et le présente, souvent mis en scène dans l'insolite d'un cadrage inédit ou d'un assemblage multiple.
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Petit lavoir.
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Cocteau verso.
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Multi Halle.
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Le chateau.
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Portes de Milly
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Le Moustier
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Espace culturel du Moustier
Exposition du 13 février au 7 mars 2010
Entrée libre

La famille Lalauze à Milly-la-Forêt

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Adolphe Lalauze est un peintre et illustrateur français né à Rive-de-Gier (Loire) le 8 octobre 1838 et mort à Milly en 1906. Ex-contrôleur de l’enregistrement, il prit des cours de dessins auprès de Gaucherel. Il produisit surtout des eaux-fortes, dont de nombreux portraits originaux de ses contemporains. Il travailla souvent sur des commandes de Cadart. Il donna aussi souvent dans la scène de genre avec une prédilection pour les scènes enfantines, pour lesquelles il prit ses propres enfants pour modèles.
Il étudia à l'école des beaux-arts de Toulouse. Ayant entamé une carrière de contrôleur de l'enregistrement, il fut encouragé par le graveur Léon Gaucherel, dont il était élève, à persévérer dans la gravure. Il exposa pour la première fois au Salon de 1872. Il reçut des médailles aux Expositions universelles de 1876, 1878 et 1889, et fut fait Chevalier de la Légion d’honneur.
Dès la fin des années 1870 il avait acquis aussi une certaine notoriété comme illustrateur. Il illustra, parmi des dizaines d’autres ouvrages, Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre, Le Moine de Lewis, les Contes fantastiques d’Hoffmann, Don Quichotte de Cervantès, les Voyages de Gulliver de Swift (Librairie des bibliophiles, 1875), la Physiologie du goût de Brillat-Savarin (Jouaust, 1879), Manon Lescaut de l’abbé Prévost (1879), Le Diable amoureux de Cazotte (Jouaust, 1883), Le Vicaire de Wakefield de Goldsmith (Gay et Bird, 1893), Jean et Jeannette de Théophile Gauthier (Ferroud, 1894), etc.
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Alphonse LALAUZE, son fils est né à Paris en 1872 et décédé en 1936. Elève d'Edouard DETAILLE, il participa aux expositions à Paris, du Salon des Artistes Français, en devint sociétaire, y obtenant une mention honorable en 1899, une médaille de 3e classe en 1900, une mention honorable en 1900 (dans le cadre de l'Exposition Universelle). Il fut le peintre militaire bien connu.
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Cette ancienne maison à grosse tourelle dite « La Rotonde » fut la propriété d’Adolphe Lalauze et de son fils Alphonse.
(Carte écrite par la famille Lalauze en 1902)
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Composition offerte à l’Eglise Notre-Dame par Alphonse Lalauze.